"Et ce bateau, où est-ce qu'il va ?"
Mariana Otero
, la sœur de la comédienne Isabel Otero
, est connue pour sa série de documentaires sur les adolescents, diffusé sur Arte ou son reportage sur la chaîne de télévision privée portugaise SIC TV. Avec Histoire d'un secret
,
elle revient sur une énigme familiale et un traumatisme personnel, la
disparition de sa mère, la peintre Clotilde Vautier, alors qu'elle
n'avait que quatre ans. C'est à une véritable enquête que la
réalisatrice nous convie, avec indices, témoignages, reconstitutions et
révélation. C'est aussi un très bel hommage-évocation d'une mère artiste
(ou artiste mère, selon les éléments de l'enquête) qu'elle n'a pratiquement pas connue.
Tout commence à Tribehou, cette petite commune manchoise, berceau des Vautier. Là, dans la maison de famille, Mariana Otero
retrouve des objets et surtout des peintures de sa mère. On évoque
ensuite, avec oncle et tante, les événements de ce tragique mois de mars
1968 et du décès, à 28 ans, de Clotilde, officiellement consécutive à
une banale appendicite. Le sort voudra que sa disparition coïncide avec
une exposition de ses œuvres qui devait se tenir à la galerie
Desgranges de Rennes. Avec la sœur complice, on convoque les souvenirs.
Puis on interroge le père, Antonio, d'origine espagnol, coupable idéal
de l'investigation. Les amis de la victime sont appelés à témoigner et
des spécialistes (notamment J. Brunerie-Kauffmann, voir suppléments)
sont consultés pour livrer leur analyse de la situation à l'époque des
faits. Il ressort de l'enquête que Clotilde n'était pas un cas isolé,
que l'on a affaire à des meurtres en série, liés, bien sûr au choix des
personnes concernées mais surtout à l'inertie d'une société réputée
moderne incapable, pour des raisons religieuses et présumées morales, de
trouver, avant 1974, une solution à un problème vieux comme le monde.
A la recherche de la mère et de la peintre perdue. En quoi l'expérience et la douleur personnelle peuvent-elles avoir une dimension universelle ? N'y a-t-il pas de l'impudeur à "jeter un oeil dans le jardin du voisin" ? Regarder le film de Mariana Otero
apporte une partie de la réponse à ces questions. Bien sûr, Clotilde
Vautier a partagé le sort dramatique de milliers de femmes avant que ne
soit promulgué, le 17 janvier 1975, la fameuse et alors controversée Loi
Veil. Cette disposition législative, comme celles du 28 décembre 1967
sur la contraception et du 9 octobre 1981 abolissant la peine de mort, a
modifié le paysage juridique, social et éthique de la France, faisant
entrer le pays dans une modernité qu'elle ne pouvait pas encore
revendiquer en leur absence. Mais chaque expérience est unique et celle
qui émerge à travers cette Histoire d'un secret
l'est aussi, même si certains de ses acteurs sont des individus
publics. La première vertu, essentielle, du film est qu'il est à la
fois sincère, émouvant et surtout intelligent, décrivant assez bien le
contexte terrifiant qui entourait l'avortement clandestin au cours de
cette fin des années 1960 pourtant insurrectionnelle, désamorçant, a
posteriori, le sentiment de honte des jeunes femmes et de leur famille,
trahissant positivement le secret qui entourait ces pratiques et
réussissant à exorciser le sentiment de culpabilité chez ceux qui se
sentaient responsables. Le film n'est pas, il faut le souligner à son
crédit, polémique mais davantage sensible et "atmosphérique". La seconde
vertu d'Histoire d'un secret
est de faire connaître l'intéressante œuvre picturale de Clotilde Vautier (voir, à ce propos, lien internet en fiche-film).
N.B. : compte tenu de son caractère, il serait vain et inapproprié de noter ce film. En revanche, je recommande chaudement de le voir.



Tout commence à Tribehou, cette petite commune manchoise, berceau des Vautier. Là, dans la maison de famille, Mariana Otero

A la recherche de la mère et de la peintre perdue. En quoi l'expérience et la douleur personnelle peuvent-elles avoir une dimension universelle ? N'y a-t-il pas de l'impudeur à "jeter un oeil dans le jardin du voisin" ? Regarder le film de Mariana Otero



N.B. : compte tenu de son caractère, il serait vain et inapproprié de noter ce film. En revanche, je recommande chaudement de le voir.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire