jeudi 16 juin 2005

Without a Clue (élémentaire, mon cher... lock holmes)


"Dites moi quand j'en des empreintes trouve."

Saviez-vous que Sherlock Holmes était un personnage imaginaire ? Presque tout le monde sait* qu'il s'agit d'une figure romanesque, née en 1887 dans "A Study in Scarlett" d'Arthur Conan Doyle. Reformulons la question : saviez-vous qu'il était le produit de l'imagination du docteur Watson ? Cette amusante novation et cette liberté prise à l'égard de l'auteur** par deux scénaristes de télévision servent de pitch à la comédie Without a Clue du méconnu Thom Eberhardt. L'idée est, bien sûr, intéressante mais, seule, n'aurait peut-être pas permis au film de sortir de l'anonymat s'il ne reposait pas également sur un duo d'acteurs prestigieux et encore inédit. Un atout probablement décisif pour le jury, présidé par Mel Ferrer, de la 7e édition du Festival du film policier de Cognac qui lui a décerné son "Prix spécial" en 1989.
Grâce à Sherlock Holmes et à son fidèle docteur Watson, John Clay et son acolyte sont appréhendés alors qu'ils allaient commettre un vol à la Royal Gallery. A peine les hommes de l'inspecteur Lestrade ont-ils quitté les lieux, que Watson s'en prend violemment à Holmes pour ne pas avoir respecté à la lettre les consignes qu'il lui avait données. Celui-la va même jusqu'à renvoyer son prétendu ami du 221b Baker Street après une altercation encore plus sérieuse. En visite chez le rédacteur en chef du "Strand Magazine" qui publie ses aventures, Watson lui avoue avoir créé de toute pièce le personnage de Sherlock Holmes. Neuf ans plus tôt, après avoir résolu l'affaire Paxton en utilisant ce pseudonyme parce qu'il briguait un poste à la faculté de médecine, il avait été contraint de lui donner corps sous les traits du piètre acteur, soûlard et coureur de jupons Reginald Kincaid. Il se propose de reprendre les énigmes policières sous son vrai nom, ce que lui déconseille vivement son interlocuteur. En effet, lorsque le ministre des finances, Lord Smithwick, accompagné de Lestrade, se présente à son domicile pour une délicate affaire de vrais-faux billets de cinq livres, il ne veut avoir affaire qu'a Sherlock Holmes. Watson va donc devoir composer avec son célèbre et imprévisible comparse.
Divertissant et leste, Without a Clue s'inscrit dans la tradition des comédies, telles Victor/Victoria, Tootsie ou Mrs. Doubtfire, dans lesquelles la notoriété de la "créature" prend l'ascendant sur celle de son créateur. Mais, comme dans Working Girl ou S1m0ne, les deux personnages sont ici distincts. Le film constitue donc une sorte de délicate revanche pour Watson, le second rôle et narrateur des romans de Conan Doyle. De son côté, Sherlock Holmes ressemble davantage à une espèce d'inspecteur Clouseau qu'au subtil limier que nous connaissons. L'intrigue, sans être passionnante, se révèle plaisante et les acteurs assument, certes sans folle inspiration, leur emploi. Michael Caine, qui sortait d'une effroyable troisième sequel de Jaws et d'une comédie ratée de Jerry Belson, se laisse un peu aller au cabotinage. La même année, il jouait avec sa partenaire du film, Lysette Anthony, dans une version de Jack the Ripper pour la télévision. En voyant Without a Clue, une question s'impose assez spontanément : quel traitement aurait donné Blake Edwards à ce script ?
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*d'après un sondage de la BBC réalisé en 1959, 59% des Anglais pensaient que Sherlock Holmes avait réellement existé.
**le générique final précise d'ailleurs que les auteurs du film tiennent à adresser leurs excuses à Sir Arthur Conan Doyle

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