"... entre Pascal et Napoléon."
Cette "localisation" absconse et apparemment non picturale de Paul Klee
formulée par Pablo Picasso
révèle bien la grande singularité de l'artiste. Catalogué néo-impressionniste (certaines de ses œuvres sont actuellement exposées au Musée d'Orsay dans une rétrospective consacrée à ce genre), Klee
est fondamentalement hors courant... ou il les transcende tous. Le moyen métrage de Michaël Gaumnitz,
réalisé à l'occasion de l'inauguration, le 20 juin 2005, du Centre Paul
Klee de Berne, souligne assez bien les particularités du travail
colossal (neuf milles œuvres recensées) de ce créateur et théoricien de l'art. Randonnée biographique et thématique, Le Silence de l'ange
, sans être inaccessible, s'adresse plus volontiers aux aficionados qu'aux novices du peintre suisse.
L'ascendance de Paul Klee
aurait dû le conduire vers la partition plutôt que vers la toile. Son
père, d'origine allemande, était professeur de musique et exerçait à
Berne. Il en héritera son don naturel pour le violon, son approche
chromatique, polyphonique et structurée de la peinture et, peut-être,
son mariage avec Lily Stumpf, une pianiste et professeur de piano. Elève
de Knirr, puis de Stuck, Klee
partage les bancs de l'Académie des beaux-arts de Munich avec Wassily Kandinsky et l'idée en germe qu'"est beau ce qui procède d'une nécessité intérieure de l'âme. Est beau ce qui est beau intérieurement."*. Il est impressionné par les œuvres de la Renaissance italienne, de Cézanne (plus que celles de Van Gogh)
et de Delaunay. Mais, avant de devenir enseignant au Bauhaus de Walter
Gropius, c'est son voyage en Tunisie qui, selon sa propre expression,
fait de lui un peintre (de la couleur).
Le documentaire savant et un peu abstrait, voire austère, de Michaël Gaumnitz est une in(tro)spection, au sens cartésien du terme, de l'œuvre de Paul Klee
élaborée, en grande partie, à partir de ses propres écrits. Le parcours est jalonné de repères essentiels ("l'équilibriste", "le musicien", "le théoricien", "le rêveur", "le promeneur"...)
car l'univers du peintre, au delà de la classique dialectique
abstraction/figuration, est sensible et poétique et nous risquons de
nous y perdre. Très différent, dans son approche, du court métrage des
années 1970 de Georgia van der Rohe, il est l'un des trop rares
témoignages cinématographiques sur un des artistes incontournables du
XXe siècle.
___
*in "Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier" (1910).




L'ascendance de Paul Klee


Le documentaire savant et un peu abstrait, voire austère, de Michaël Gaumnitz est une in(tro)spection, au sens cartésien du terme, de l'œuvre de Paul Klee

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*in "Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier" (1910).
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