"... Et vice-versa."
Le meilleur film du duo Powell-Pressburger ? Sans l'ombre d'un doute. En tout cas, le préféré du premier des deux cinéastes anglais*, A Matter of Life and Death
est très caractéristique du talent particulier dont faisaient preuve
les deux hommes dans ces années 1940, auteurs d'une remarquable série de
longs métrages indépendants. Caractéristique aussi de son époque, celle
de l'après-guerre où l'on croyait pouvoir refonder un monde meilleur,
réconcilier enfin le corps et l'âme. AMOLAD est, de ce point de vue et sur le plan qualitatif, l'équivalent britannique du It's a Wonderful Life de Capra et de La Belle et la bête d'autre duo, Clément-Cocteau, sortis la même année. Il ne manque quasiment rien pour faire de cette seconde production en Technicolor, après l'étonnant The Life and Death of Colonel Blimp, un authentique chef-d'œuvre.
2 mai 1945. L'avion du chef d'escadrille Peter David Carter,
après une opération de bombardement sur Berlin, est en perdition.
Gravement endommagé par des tirs de DCA et avec l'un de ses moteurs en
feu, il va bientôt exploser ou s'écraser. Le commandant de la RAF, resté seul à bord, sans parachute, avec le cadavre de son ami, l'officier Bob Tropshaw,
a une dernière communication avec une jeune femme américaine,
appartenant à l'effectif d'une base aérienne de la côte britannique,
appelée June. Séduits réciproquement par la voix de leur
interlocuteur et émus par la situation dramatique, ils tombent amoureux
l'un de l'autre. Carter préfère alors sauter de l'avion, au
milieu du brouillard de la nuit, plutôt que de brûler à son bord. Puis
le silence annonce l'issue inévitablement fatale. En réalité, le jour
venu, il apparaît que l'aviateur flotte, inconscient, à la surface de la
mer. Convaincu d'être au ciel après avoir recouvré ses esprits, il est
détrompé par un jeune berger sur la plage et par le passage coïncident
de June en vélo rentrant chez elle. L'ayant rejoint, les deux
amoureux s'étreignent avec passion. Mais le miraculeux rescapé reçoit
bientôt la visite d'un étrange messager de l'Autre monde lui annonçant
qu'il ne doit son sursis qu'à une erreur liée aux conditions climatiques
et lui demandant de le suivre. Carter proteste et fait appel du décret car, entre-temps, un événement capital est apparu : il aime et est aimé par June.
Sa demande d'appel est reçue favorablement ; mais le procureur chargé
d'instruire son affaire n'est autre que le premier Américain tué par un
Anglais au cours de la guerre d'Indépendance de 1775.
Powell-Pressburger, élèves de Lubitsch ? Pourquoi pas ! Avec ses particularités propres, A Matter of Life and Death n'est pas si éloigné, dans le thème comme dans le traitement, du récent Heaven Can Wait**
du maître d'origine allemande. Mais là où le duo fait très fort, c'est
en transcendant littéralement, et de quelle manière, une banale commande
officielle des autorités britanniques destinée au rapprochement entre "Yankees" et "Angliches".
Finesse, humour et audace se côtoient harmonieusement dans le scénario
et à l'écran, avec cet intelligent passage du splendide Technicolor au grave, presque tragique, noir et blanc*** selon les sphères traversées (on aurait pu aisément, pour ne pas dire bêtement, inverser le choix qui a été fait par les réalisateurs). Le film entrouvre également, de manière plus discrète et subtile, une réflexion sur la folie, la normalité et la science.
___*bien que Pressburger soit né, au début du XXe siècle, en Autriche-Hongrie.
**lui-même dans le sillage de Here Comes Mr. Jordan d'Alexander Hall.
***Victor Fleming avait utilisé le même procédé graphique pour son Wizard of Oz.
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