"... La faute [...] n'est pas le fait des étoiles, mais notre fait."
Pourquoi
s'intéresser, un demi-siècle après les événements*, à une affaire
médiatique, importante certes mais apparemment circonscrite dans
l'histoire et le temps ? D'abord parce que George Clooney
,
fils d'un présentateur de télévision, ayant lui-même entamé des études
de journalisme, est passionné par l'information. La proclamation de l'USA PATRIOT Act,
loi d'exception votée par le congrès US le 26 octobre 2001 et
confirmée, pour l'essentiel de ses dispositions, en mars dernier
constitue ensuite un motif supplémentaire pour remémorer un épisode au
cours duquel les libertés publiques ont également été sérieusement
fragilisées.
Pour traiter son sujet, Clooney
choisit assez naturellement de prendre une direction diamétralement opposée à celle de Confessions of a Dangerous Mind
où Chuck Barris, au cœur du récit, était déjà un homme de télévision. Good Night, and Good Luck.
séduit donc à la fois par son scénario et par la grande sobriété de sa
mise en scène, que l'on pourrait qualifier de documentaire si elle
n'était pas aussi esthétique. Plusieurs fois récompensé à la Mostra de Venise, le second film du réalisateur a ensuite eu plus de mal à compléter son tableau de chasse, malgré six nominations aux Academy Awards (où il méritait objectivement d'être primé) et autres multiples sélections.
25 octobre 1958. La Radio Television News Directors Association, dont les membres sont réunis à Chicago, rend hommage à l'un des siens, Edward R. Murrow de CBS.
Son discours à la tribune est résolument critique sur la situation des
médias concernés. Un peu plus de cinq ans auparavant, dans les bureaux
de la chaîne, l'équipe de rédaction tente de fixer le programme de la
prochaine émission "See It Now". Après le départ des reporters, le directeur de l'information évoque avec son ami et producteur Fred Friendly un article qu'il a relevé dans le "Detroit News" relatant le renvoi de l'US Air Force du lieutenant Milo Radulovich
parce que son père lit un journal serbe. Les deux hommes décident d'en
faire le sujet d'une émission malgré la réticence de la direction et la
visite de deux colonels dans le bureau de Friendly. Lorsque des informations sur les prétendues sympathies communistes de Murrow sont diffusées, celui-ci n'hésite alors plus à informer le public sur les méthodes abjectes utilisées par le sénateur McCarthy.
Grande figure du journalisme américain, Edward 'Ed' R. Murrow**, entré chez CBS en 1935, est connu dès sa couverture de la Seconde Guerre mondiale depuis Londres où il débute ses chroniques par un "This... is London" devenu célèbre. Le titre du film de George Clooney
emprunte d'ailleurs la rituelle formule de conclusion de ses émissions
ultérieures, inspirée de celle qui mettait un terme aux conversations
des Londoniens pendant les bombardements allemands de 1940. Good Night, and Good Luck.
revient donc sur cette fameuse émission de trente minutes du 9 mars 1954 intitulée "A Report on Senator Joseph McCarthy", composée d'extraits de discours de l'élu républicain du Wisconsin, à l'origine de sa disgrâce.









La
narration des événements, méthodique et rigoureuse, se déroule en quasi
huis clos, drame classique dont les actes sont ponctués par les
chansons de Dianne Reeves
. L'atmosphère de paranoïa créée par la "chasse aux sorcières"
mccarthienne n'est vivace qu'à travers les nombreux documents
d'archives et les éléments de l'enquête journalistique, donnant au film
un côté "expérience en laboratoire" singulier et particulièrement
plaisant, très éloigné du plus conventionnel quoique excellent All the President's Men
d'Alan J. Pakula
. Deux intrigues secondaires viennent également souligner la férocité radicale de cette époque. Brillamment mis en images par Robert Elswit
, le directeur de la photographie de Boogie Nights
et de Magnolia
, Good Night, and Good Luck.
est littéralement porté par l'interprétation du remarquable David Strathairn
dans l'un de ses rares rôles principaux.
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*Fear on Trial de Lamont Johnson







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**un téléfilm, réalisé par Jack Gold au milieu des années 1980 avec Daniel J. Travanti

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