"Euphémiquement..."
Trois ans après L'Anglaise et le duc
, Eric Rohmer
signe à nouveau, pour sa vingt-troisième œuvre, un film d'inspiration
historique. C'est la lecture d'un article, puis d'un ouvrage de Marina
Grey, sur l'étrange enlèvement, à Paris en septembre 1937, du Général
Miller, le président des Anciens combattants russes, et l'accusation de
son plus proche collaborateur, le général Skobline, lui aussi disparu,
qui est à l'origine de Triple agent
.
Mais si la source est réelle, le film est avant tout une fiction,
recréant ou inventant les personnages, les situations et les dialogues.
Il n'est pas, non plus, contrairement à ce que pourrait laisser penser
le titre, un film d'action. Son intérêt majeur réside dans le contexte
historique, ces quelques années troublées qui ont conduit les principaux
pays européens à entrer en conflit, au terme d'une montée progressive
de la folie accompagnée de la conclusion d'alliances insensées. Triple agent
a concouru, en sélection officielle, au Festival de Berlin 2004.




De
mai 1936 et l'arrivée au pouvoir du Front populaire à 1943 et
l'occupation allemande, en passant par les "grandes purges"
staliniennes, la tragique histoire du couple Voronine. Fiodor (Serge Renko), est un général russe blanc, réfugié à Paris après la révolution. Son épouse, Arsinoé (Katerina Didaskalu),
est une artiste-peintre d'origine grecque à la santé fragile. Tous les
deux sont anti-bolcheviques, ce qui ne les empêche pas de sympathiser
avec leurs voisins, communistes. Fiodor, sous couvert de son poste de bras droit du Général Dobrinsky (Dimitri Rafalsky)
au sein de l'association des anciens combattants russes, ne cache pas
être un agent secret et travailler pour le renseignement. Mais sa femme,
elle-même, ne sait pas pour quelle puissance il travaille, la Russie
tsariste, l'URSS ou encore le régime nazi. Fiodor part périodiquement en voyage. Arsinoé n'apprend ses destinations réelles ou supposées qu'à travers les rumeurs ou les innocents bavardages avec son amie Maguy (Cyrielle Claire
).

Doté d'une mise en scène théâtrale au service quasi exclusif du dialogue, Triple agent
souffre d'un excessive linéarité, à l'image de la passion éteinte qui unit ses personnages principaux, et d'une certaine lon(lan)gueur.
Sans vouloir faire injure aux comédiens, le film pourrait tout aussi
bien se passer des images, sauf peut-être pour profiter des archives
d'actualités Pathé qui ouvrent et illustrent régulièrement les
chapitres et pour contempler les oeuvres picturales figuratives d'Arsinoé. Le thème, éculé, de la vérité et du mensonge (y compris par omission),
de la fidélité et de la trahison n'a, ici, d'impact que comme écho
symbolique d'une époque manichéenne et, pourtant, particulièrement
perfide et sournoise, ayant perdu tous ses repères. Le spectateur attend
désespérément qu'il se passe quelque chose, en vain ou presque. Car,
selon l'expression consacrée, l'Histoire, elle, n'attend pas et néglige
les péripéties susceptibles de lui donner, a priori, un sens. A défaut
de se situer dans une perspective, Triple agent
n'est, aussi, qu'une péripétie cinématographique.


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