"Les racines n'ont pas d'ombre."
Producteur délégué de la série The Blues
, Martin Scorsese
en réalise, à partir de l'ouvrage éponyme de Peter Guralnick, le troisième volet, Feel Like Going Home
, dont le titre s'inspire d'une chanson de Muddy Waters, créée en 1948. Scorsese
* est un authentique amoureux de la musique, cette "lumière dans l'obscurité"
selon sa propre expression. Son film, documentaire historique,
sociologique et, bien sûr, musical, en atteste. Traité dans un esprit
assez proche de ses "Voyages à travers le cinéma américain
ou italien
", il est une véritable enquête sur les racines du blues aux Etats-Unis et en Afrique comme l'évoque son titre. Feel Like Going Home a été présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2003.






Sur les traces d'Alan Lomax
,
musicologue et ethnologue qui a notamment contribué à la préservation
du patrimoine des musiques populaires traditionnelles américaines, Corey Harris
**
se rend dans le berceau du blues, le Mississippi, pour y rencontrer et
jouer avec quelques légendes encore vivantes du genre. Les figures
mythiques de Son House, Muddy Waters, Robert Johnson, John Lee Hooker
ou A.S Albert sont évoquées. Pour remonter plus loin dans les origines, Harris
traverse l'Atlantique pour se rendre au Mali, un des pays d'où sont
partis, comme esclaves, les futurs premiers Noirs américains. Il y
croise les principaux musiciens locaux.




Par
l'alternance d'image d'archives, illustrant également la vie
quotidienne des habitants du Mississippi, et de témoignages et
interprétations vivants, Feel Like Going Home
rappelle le contexte de la naissance du blues aux Etats-Unis et la
mémoire de quelques uns de ses principaux acteurs. L'un des intérêts
majeurs du film est de recueillir les propos de musiciens souvent
inconnus du grand public, Sam Carr
, le fils de Robert Nighthawk, une des figures essentielles dans l'histoire du blues, et lui-même musicien, Willie King
, Taj Mahal
, Johnny Shines
, Otha Turner
***
et du manager de Son House, Dick Waterman. Le handicap de ce choix est
de réserver une place un peu étriquée à la musique, à peine compensée
par les brefs duos et les extraits de la prestation revival de Corey Harris
et Keb' Mo'. Ce sont les percussions qui accompagnent le fifre d'Otha Turner
qui permettent le lien, aux deux-tiers du métrage, avec le continent
africain. Cette partie, à la tonalité plus touristique
qu'authentiquement ethno-musicologique, affaiblit sensiblement la valeur
documentaire du film. Les interventions de Salif Keita, Habib Koité
, Toumani Diabate et Ali Farka Toure,
descendants modernes des griots ancestraux, essaient de démontrer, sans
y parvenir tout à fait, la filiation, réelle, entre le folklore
africain et le blues ou entre la kora et le dobro. D'autant que les
discours de cette partie ne sont pas tous d'un grand intérêt. Mais le
film oublie de préciser, voire même de seulement mentionner, que l'une
des influences majeures du genre est la musique européenne emportée,
dans leurs "bagages" culturels, par les nombreuses vagues d'émigrants du
vieux continent qui ont cohabité avec les pères des futurs créateurs du
blues.









___
*très impressionné par un morceau de folk-blues music interprété par Huddie Ledbetter, alias Leadbelly, entendu en 1958.
** ancien étudiant en ethnologie, résidant du Cameroun pendant
quelques années, il est, parmi les bluesmen contemporains, le plus
capable de restituer les émotions brutes de la musique du Delta.
***sa musique a été utilisée pour le score de Gangs of New York
.

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