"Ecoutes-moi, tu m'écoutes ?"
Gilles, un jeune collégien, est en rupture. Avec Gabrielle,
sa camarade orpheline de père, qu'il retrouve dans une cave sans oser
l'embrasser et à laquelle il extorque son argent de poche. Avec son
lycée dont il sèche les cours et est renvoyé pour avoir agressé un
enseignant. Avec son père qui lui reproche sa conduite insensée,
notamment lorsqu'il manque d'étouffer sa petite sœur en essayant de la
faire taire. Mis à la porte du domicile familial, l'adolescent essaie de
s'inviter chez son copain Rachid, mais la grande sœur de celui-ci ne l'accepte pas en raison de son attitude provocante. Gilles, tel un clochard, erre à présent dans sa banlieue stéphanoise.
Pour son premier long métrage, financé comme les suivants par Philippe Martin, le producteur de Pierre Salvadori
, Jean-Paul Civeyrac
choisit de s'inspirer d'un fait divers dramatique qu'il transpose dans sa région natale. Plus de trente-cinq ans après Les Quatre cents coups
de Truffaut
,
mais sans y intégrer apparemment d'éléments autobiographiques, le
réalisateur suit la lente dérive d'un jeune garçon vers la délinquance.
Plus que le cinéaste parisien, la référence de Civeyrac
semble être Bresson
,
mais son écriture est moins fluide et poétique, davantage chaotique et
réaliste. Un côté brut, pour ne pas dire brouillon, caractérise
d'ailleurs, sciemment ou non, la mise en scène et la direction
d'acteurs. Le pessimisme est prégnant et l'on retrouve, parmi les thèmes
développés, cette fascination pour l'argent, déjà présente dans le
court métrage précédent, et l'anachronique musique de Bach
qui vient accentuer la tonalité générale de discordance, de rupture.
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