"... Je me suis perdu en cherchant."
Le second long métrage de Danis Tanovic
constitue une double surprise. La première pour ceux qui ont vu le précédent, No Man's Land
, encensé par la critique et récompensé par de nombreux prix* parmi lesquels une "Palme" du meilleur scénario à Cannes. La tonalité et le traitement apportés à L'Enfer
y sont, en effet, significativement, pour ne pas dire diamétralement,
opposés. La seconde en tant que deuxième volet de la nouvelle trilogie
imaginée par Krzysztof Kieslowski
peu de temps avant son décès. Comme pour Heaven
**, la production internationale montée par les frères Weinstein
confiée aux bons soins du réalisateur allemand Tom Tykwer
, le film du cinéaste bosniaque se situe assez loin des œuvres de son aîné, Décalogue et trilogie des Couleurs
notamment. Il convient donc de regarder L'Enfer
avec, si j'ose dire, un œil neuf si l'on veut se donner les meilleurs chances de l'apprécier.
Sophie, Céline et Anne Cotie sont trois sœurs que le destin ou le hasard a séparées. L'aînée est la mère de deux enfants et l'épouse de Pierre,
un photographe qui la trompe avec l'une de ses clientes. La cadette,
célibataire et ingénue, vend des assurances et rend régulièrement visite
à sa mère, impotente et muette, dans l'établissement spécialisé du
Loiret où elle a été placée. La plus jeune est étudiante à la Sorbonne
et amoureuse passionnée de l'un de ses professeurs, Frédéric Bache , marié et père de famille, bien décidé à mettre un terme à cette absurde relation adultère. Céline est un jour abordée dans la rue, puis une autre fois dans un bar par Sébastien Floret,
un étrange et séduisant jeune homme dont elle comprend mal l'insistance
un peu gauche. Celle de lui faire une révélation capitale à propos d'un
drame qui a bouleversé sa famille lorsqu'elle était une enfant.
Même dans les conditions évoquées plus haut, il est bien difficile de montrer de l'enthousiasme pour le film de Tanovic
.
Il ne manque certes pas de qualités mais le charme de ces histoires
parallèles de femmes, influencées par le mythe de l'infanticide Médée,
n'opère pas vraiment. Le scénario souffre d'évidentes faiblesses et la
stylisation, un peu affectée, de la mise en scène finit par indisposer.
Le prestigieux casting, réunissant notamment trois actrices n'ayant
jamais joué ensemble, ne convainc pas davantage. Les rôles principaux et
leur interprétation sont fades, les personnages secondaires
anecdotiques (pour ne pas dire insignifiants comme ces Julie et Louis confiés respectivement à Maryam d'Abo
et Jean Rochefort
). Seuls Carole Bouquet
, pendant la scène en flash-back, et Guillaume Canet
donnent de fugitives couleurs à cette pâle musique de chambre
désaccordée. A propos de musique, il faut souligner la forte parenté
sonore des compositions de Tanovic
et Dusko Segvic avec celles qui rythment les intrigues, reposant également sur des secrets de famille, chabroliennes
, ramenant à la mémoire l'étouffante et fiévreuse atmosphère du très bon film homonyme du réalisateur, déjà avec Emmanuelle Béart
. Tanovic
ne hisse finalement pas cet Enfer
à hauteur de celui qu'il illustre de manière étrange et symbolique pendant le générique d'ouverture. Aurait-il dû choisir "Le Purgatoire"*** ?





















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*meilleur film étranger aux Academy Awards et Golden Globes, "César" de la première œuvre...
**un cuisant échec commercial... qui possède malgré tout ses partisans.*meilleur film étranger aux Academy Awards et Golden Globes, "César" de la première œuvre...
***dont le décor devait être, selon Kieslowski

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