"Il faut lâcher prise."

Les trente actuelles années de la carrière(1), en tant que réalisateur, de Michael Mann
sont dominées, au moins en nombre (sept sur douze), par des polars. Il n'était donc pas surprenant de le voir ajouter, en 2004, à la liste de ses nombreux projets ce biopic
consacré à l'un des gangsters les plus emblématiques de la Grande dépression aux Etats-Unis. Malgré la richesse de la période en personnages de "fort calibre", à figure plus ou moins patibulaire, et l'existence de plusieurs précédents films(2) sur le célèbre voleur de banques du Midwest, c'est à nouveau la partie dédiée à John Herbert Dillinger, abattu neuf ans avant la naissance du cinéaste également à Chicago, qui était extraite de l'essai de Bryan Burrough(3) pour être portée à l'écran. Johnny Depp
, dirigé pour la première fois par Mann
, y reprend le rôle tenu avant lui notamment par Lawrence Tierney
. Succès commercial indéniable(4), Public Enemies
ne convainc pourtant qu'à moitié.







1933, Indiana State Prison. Escorté à l'intérieur du pénitencier, John Dillinger y organise presque aussitôt l'évasion à main armée de son mentor et ami Walter Dietrich ainsi que de plusieurs de leurs complices. Le meurtre de deux policiers déclenche une fusillade au cours de laquelle Dietrich est mortellement touché. Dillinger doit l'abandonner sur la route, déclenchant sa fureur vis-à-vis d'Ed Shouse, responsable des tirs. Le gang se rend peu après à Chicago pour y attaquer une banque. Melvin Purvis, qui vient d'abattre 'Pretty Boy' Floyd, est nommé par le directeur du Bureau of Investigation John E. Hoover à la tête de l'agence de Chicago avec Dillinger comme objectif prioritaire. Celui-ci rencontre et s'éprend de Billie Frechette, aperçue au cours d'un dîner dans un restaurant. Une tentative d'arrestation organisée par Purvis est bientôt marquée par le meurtre de l'un de ses jeunes collaborateurs, Barton, tué par 'Baby Face' Nelson. Lorsqu'une nouvelle banque est dévalisée, Purvis réclame et obtient de la part d'Hoover l'arrivée de trois ex-marshals du Texas et de l'Oklahoma parmi lesquels Charles Winstead.

Longue et belle, quoique parfois infidèle, reconstitution de la dernière année de John Dillinger, Public Enemies
laisse cependant une impression mitigée. Si la direction artistique, la photographie de Dante Spinotti
et la réalisation de Michael Mann
apparaissent hautement louables, cette maîtrise technique et formelle semble contribuer à refroidir, à étouffer une narration elle-même un peu schématique et répétitive. Les antécédents, les motivations et donc la psychologie, à l'exception de la brutalité, des deux principaux antagonistes ne sont jamais vraiment développés, la romance (littéralement accessoirisée) entre Dillinger et Frechette n'apportant d'ailleurs, de ce point de vue, aucun éclairage significatif. La création du FBI, issu de la Division of Investigation (DOI, Département de la justice) est, en outre, également traitée sur un mode anecdotique. Cantonné à un rôle de mécanique exécutant au service de John Edgar Hoover, Christian Bale
éprouve quelques difficultés à résister à la caricature. Visiblement plus à l'aise, Johnny Depp
parvient de son côté à nuancer et à humaniser son interprétation. Honorable film de gangster, Public Enemies
ne peut toutefois rivaliser avec les références du genre, Gun Crazy
, They Live by Night
ou Bonnie and Clyde
.









___
1. avec pour point de départ le téléfilm The Jericho Mile
, quarante si l'on tient compte de son tout premier film.

2. Dillinger (1)
de Max Nosseck déjà évoqué, Baby Face Nelson
de Don Siegel
avec Leo Gordon
, Young Dillinger
de Terry O. Morse avec Nick Adams
, Dillinger (2)
de John Milius
avec Warren Oates
, The Lady in Red
de Lewis Teague avec Robert Conrad
, le téléfilm Dillinger
de Rupert Wainwright
avec Mark Harmon
, Baby Face Nelson
de Scott P. Levy avec Martin Kove
et Dillinger and Capone
de Jon Purdy avec Martin Sheen
(liste non exhaustive).


















3. "Public Enemies: America's Greatest Crime Wave and the Birth of the FBI, 1933–34", ouvrage qui devait initialement donner lieu à une mini-série diffusée par HBO en association avec Robert De Niro
. Les droits d'adaptation ont ensuite été acquis par Michael Mann
et Leonardo DiCaprio
, lequel marqua son intérêt à tenir le rôle de J. Dilliger avant d'abandonner le projet au profit de Shutter Island
.




4. doté d'un budget d'environ 100M$, le film a enregistré des recettes totales de près de 196M$, dont la moitié aux Etats-Unis, soit bien supérieures à celles de Miami Vice
et proches de Collateral
.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire