vendredi 23 mai 2008

The Last House on the Left (la dernière maison sur la gauche)


"... And the road leads to nowhere."

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Wes Craven, neveu (plus âgé) de George A. Romero(1) et frère aîné de Tobe Hooper(1), pouvait-il imaginer voir sa première production, tournée avec quatre-vingt dix mille dollars et au titre apparemment si anodin, connaître un immense succès et si durablement une telle notoriété ? Quelques mois après le sacre de The French Connection aux Academy Awards, The Last House on the Left s'inspirait d'un autre film oscarisé (Jungfrukällan de Bergman) pour défricher une voie encore inexplorée par le genre horrifique, celle d'une violence crue et gratuite. Longtemps interdit au Royaume-Uni et en Australie, le film a influencé et suscité de nombreuses productions ultérieures(2), dont un remake, prévu cette année, réalisé par le Gréco-étasunien Dennis Iliadis.
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Pour fêter son dix-septième anniversaire, Mari Collingwood va assister à un concert des Bloodlusts (saigneurs) en compagnie de son amie Phyllis Stone. Arrivées tôt dans le quartier mal fréquenté où va se tenir le spectacle, les deux jeunes femmes se mettent à la recherche d'un peu de marijuana. Elles interrogent le premier venu, un garçon pas très net qui leur propose une bonne affaire. Il les conduit dans la chambre sordide partagée avec trois autres individus, son père Krug Stillo, la petite-amie de celui-ci, Sadie, et Fred 'Weasel' Podowski. Les deux hommes viennent de s'évader de la prison où ils étaient détenus, l'un pour le meurtre d'un prêtre et de deux religieuses, l'autre pour agression sexuelle sur mineur et attaque à main armée. Les deux amies sont alors séquestrées et Phyllis agressée. Le lendemain matin, elles sont placées dans le coffre du cabriolet de la bande en partance pour changer d'état. Le véhicule tombe en panne précisément devant le petit chemin forestier qui accède à la maison des parents de Mari. Ces derniers, inquiets de l'absence prolongée de leur fille, se décident à avertir le shérif.
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Sorti un mois tout juste après Deliverance de Boorman, The Last House on the Left ne peut raisonnablement lui être comparé (a fortiori, au Clockwork Orange de Kubrick qui l'a aussi précédé). Regardé au premier degré, le film de Wes Craven parvient à surprendre, choquer ou flatter certains instincts mais il ne peut dissimuler ses faiblesses narratives et les évidentes maladresses, notamment de continuité, commises dans sa réalisation. Avec le recul, une autre lecture est cependant susceptible d'émerger. D'abord en relevant la tentative du cinéaste de donner à sa fiction un réalisme documentaire, aidée en cela par la modestie des moyens mis en œuvre, qui s'éloignait du modèle normatif dominant au cinéma à cette époque. Ensuite, en soulignant la volonté d'associer, d'imbriquer plus que de coutume, le crime démonstratif et sanguinaire à une tonalité de comédie (par la musique et des personnages de burlesque). Enfin, en discernant l'inévitable impact, avoué par Craven lui-même, du contexte géopolitique sur le scénario(3) où s'opposent en permanence, le plus souvent au milieu de la nature, amour et violence, civilisation et barbarie, autorité et transgression ou encore classes sociales. Au moment précis où l'US Air Force utilisait massivement le napalm au Viêt-nam, faisant de nombreuses victimes civiles, cet assassinat de l'innocence pouvait en effet être perçu comme une séquelle traumatique.
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1. l'un et l'autre, comme Craven, auteurs de premiers films (d'horreur, Night of the Living Dead, The Texas Chain Saw Massacre) devenus cultes.
2. L'Ultimo treno della notte, Day of the Woman, La Casa sperduta nel parco avec David Hess, Ms .45, Chaos ou le presque homonyme (en anglais) Il Bosco fuori pour n'en citer que quelques uns.
3. aux ambiguïtés morales troublantes.

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