vendredi 29 septembre 2006

Masters of Horror



"La Fin absolue du monde" (John Carpenter's Cigarette Burns)

"... Il est déjà trop tard."

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Kirby Sweetman, l'exploitant de la salle de cinéma "Vogue", est reçu par le riche collectionneur Bellinger. Celui-ci lui offre une forte prime pour retrouver une copie du film présumé disparu d'Hans Backovic, "La Fin absolue du monde". Cette production, diffusée une seule fois dans le cadre d'un festival du cinéma fantastique, avait déclenché parmi les spectateurs une frénésie meurtrière à l'origine de la décision de sa destruction par les autorités publiques. Après avoir rencontré à Carthage (état de New York) le critique A.K. Meyers qui a vu le film et lui confie un enregistrement d'une interview du réalisateur, dont l'écoute va provoquer d'étranges visions, Sweetman se rend à Paris pour y consulter son ami le chef-archiviste Henri Cotillard. Ce dernier le met sur la piste d'un certain Dalibor officiant à Rosny-sur-Seine.
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Revenu tardivement et sans gloire de la planète Mars, John Carpenter signait ce huitième épisode de la série Masters of Horror diffusé en novembre 2005 sur le réseau de télévision Showtime. Habituel (co-)scénariste de ses principaux films lorsqu'il ne s'agit pas d'adaptation, le réalisateur d'Halloween n'a pas directement participé à la rédaction de l'histoire sur laquelle repose "Cigarette Burns". Il n'en a pas non plus composé le score, laissant ce soin à son fils Cody. Pour ces raisons, ce moyen métrage ne possède pas une forte identité carpentérienne, même si l'on peut supposer que les références à Nosferatu, The Abominable Dr. Phibes ou à Profondo Rosso peuvent lui être imputées*. L'idée de départ est incontestablement intéressante, rappelant par certains aspects In the Mouth of Madness mais aussi le Videodrome de Cronenberg, voire 8MM de Joel Schumacher (dans lequel apparaissait d'ailleurs Norman Reedus). La phase d'enquête est plutôt réussie, l'intrigue principale se superposant à la hantise d'un certain passé qui tourmente le personnage de Sweetman. La dernière partie, plus explicite et conventionnelle, est en revanche moins forte.
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*à l'exception de Submerged, dont on voit une affiche dans le hall du ciné-club.


"La Belle est la bête" (Deer Woman)

"C'est quoi, ce délire ?"

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Le cadavre d'un homme, dans un état effrayant, a été retrouvé dans son camion garé sur le parking du "Morgan", un bar-restaurant fréquenté par les truckers. L'inspecteur Dwight Faraday, habituellement chargé des affaires d'agression animale, se rend sur place pour y mener son enquête accompagné de l'agent Reed. Alors qu'il questionne le barman qui mentionne le départ de la victime, à un stade d'ivresse avancé, avec une fille splendide au type amérindien, Faraday se voit retirer l'affaire par son collègue Patterson de la section criminelle pour aller s'occuper de l'attaque d'un chien par un singe domestique. Son instinct le convainc néanmoins de l'existence d'une origine animale dans le meurtre de la nuit précédente. Pour conforter son sentiment, Faraday interroge la légiste Dana qui a, en effet, relevé des éléments étranges, notamment des marques qui pourrait appartenir à un grand cervidé.
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Après s'être intéressé, avec An American Werewolf in London (d'ailleurs évoqué dans le film), à la lycanthropie, John Landis et son fils Max optent pour une "cervanthropie" vaguement inspirée de la mythologie indienne. Le parti pris du scénario est résolument humoristique, la dimension dramatico-horrifique n'apparaissant réellement qu'en fin de métrage. Sur un format qu'il a depuis longtemps apprivoisé, le réalisateur de Thriller, malgré une activité moins soutenue, fait la preuve d'un talent resté intact. A partir du thème classique de l'ambivalence, avec une référence explicite au Cat People de Tourneur, il manie ici, avec brio et sur le mode cartoonesque qui lui est propre, légèreté et intensité. Pour incarner son personnage principal, Landis a fait appel à son vieux camarade Brian Benben alias Martin Tupper qu'il a dirigé dans la série télévisée Dream On de David Crane. Enfin, si vous êtes attentifs, vous verrez Mick Garris, le parrain de Masters of Horror, parmi les trois gagnants des machines à sous au cours de la scène de déjeuner-confession qui se déroule dans un casino.


"Le Cauchemar de la sorcière" (Dreams in the Witch-House)

"Qui croira cela ?"

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Etudiant en physique non-euclidienne à l'université Miskatonic, Walter Gilman est à la recherche d'une chambre à louer. Il échoue dans une vieille et grande demeure un peu délabrée, gérée par l'imposant et inamical Dombrowski. Rapidement, Walter est perturbé dans son sommeil ou ses travaux par une voix venant du rez-de-chaussée ou par des bruits issus de la charpente du toit. Puis ce sont les cris de la voisine qui l'attirent vers sa chambre où elle et son bébé Danny essaient d'échapper à un rat agressif. Il réussit à chasser le gros rongeur et cloue une planche sur l'orifice dans la plinthe pour l'empêcher de réapparaître, ce qui lui vaut les remerciements chaleureux de la jeune femme nommée Frances 'Frankie' Elwood. La nuit venue, Walter s'endort sur un manuel mais il est bientôt réveillé par un rat à visage humain, installé sur lui, qui l'appelle par son prénom, apparition effrayante qu'il prend cependant pour un simple cauchemar. Les sonores supplications du locataire du bas le gêne ensuite à se concentrer pour réaliser une simulation informatique. Le vieux Joe Masurewicz, dans la chambre duquel il se rend, lui affirme qu'une sorcière cherche à prendre possession du nouvel arrivant incrédule comme elle l'a fait avec lui de longues années auparavant.
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En adaptant, même librement, la nouvelle tardive (1932) de H.P. Lovecraft, l'un des principaux auteurs de la littérature fantastique du XXe siècle, Stuart Gordon signe l'un des meilleurs volets de cette série. Le réalisateur devient, avec ce cinquième métrage tiré de la riche production du "géomètre de nos terreurs indicibles" (Laurence Motoret), un spécialiste de l'univers si étrange et complexe de l'écrivain de Providence. Le scénario, malgré les compromis liés au passage à l'écran, est plutôt bien écrit. Il réussit notamment à approcher l'atmosphère de l'œuvre originelle et à ménager une montée progressive du drame et de l'effroi. Le cadrage de certaines scènes laissent néanmoins un peu circonspect. Ezra Godden, qui incarnait déjà le personnage principal dans Dagon, porte efficacement la narration sur la presque totalité du film. Campbell Lane ne nous fait pas regretter la défaillance de Jeffrey Combs, présent dans les trois premières adaptations, pour le rôle de Masurewicz. Et la Canadienne Chelah Horsdal, aperçue dans The Exorcism of Emily Rose, apporte la peu normative touche féminine dans l'austère (puritaine ?) et inquiétante métaphysique lovecratienne.

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