"... But there's one thing she can't stand, and that's legal hocus-pocus!"

Ray Enright a commencé sa carrière cinématographique en écrivant des gags pour Mack Sennett
et en dirigeant des films muets mettant en vedette le fameux Rin tin tin
. Mais il s'illustra surtout dans le western, dès 1928, avec notamment deux classiques : Coroner Creek
en 1948, avec Randolph Scott
(influencé par le film-noir) et Montana
en 1950, avec Errol Flynn
. Il met en scène, en 1942, la meilleure adaptation du roman de Rex Beach
, The Spoilers
, lequel a déjà inspiré deux films muets (en 1914 et 1923), une version intéressante de Edward Carewe avec Gary Cooper
et un cinquième remake en 1955, avec Anne Baxter
dans le rôle de Cherry Malotte tenu ici par Marlene Dietrich
.












Un oeuvre littéraire qui fait l'objet de multiples adaptations au cinéma (cf notre critique de The Virginian
) ne manque, en général, pas de richesses narratives, et c'est le cas du roman de Beach. L'action se situe en Alaska (une nouvelle frontière du rêve américain),
en 1900, parmi les chercheurs d'or. Elle se passe à un moment critique
où l'absolue liberté d'entreprendre ne suffit plus car, attirant la
convoitise des arrivants tardifs, la loi du plus fort en devient la
règle et le meurtre l'instrument du vol. On assiste donc, parallèlement à
la naissance d'une économie structurée, à l'apparition d'une autorité
administrative et judiciaire. Celle-ci a pourtant du mal à s'imposer,
d'abord parce que la population des pionniers est constituée, le plus
souvent, d'individus qui ne sont pas instruits et pour laquelle le
langage juridique est du charabia. Ensuite, parce que, sous couvert
apparente de légalité, certains profiteurs font leur apparition, les Spoilers, comme l'avaient fait les Carpetbaggers dans les états du sud, au moment de la reconstruction après la guerre de Sécession.


Le film de Enright
rend bien cette période enthousiaste mais périlleuse. D'emblée, le film
s'ouvre sur l'arrivée d'un train au milieu d'une ville, Nome,
aux rues boueuses mais en plein développement. L'absence d'autorité est
immédiatement manifeste dans cette courte scène dans laquelle un homme
est refoulé d'un hôtel complet mais profite du départ (check-out : régler son comte !) d'un des occupants... les pieds devant, abattu au sommet de l'escalier. On y fait la connaissance de Cherry Malotte, la patronne du saloon, une femme d'affaires dynamique et romanesque, de Roy Glennister (John Wayne
), son amant, copropriétaire, avec Al Dextry, d'une des mines les plus importantes de la région, de McNamara (Randolph Scott
), le commissaire aux mines, son associé crapuleux, le juge Stillman et la fille de celui-ci, Helen. Après s'être opposés sur la validité d'une action judiciaire à leur encontre (l'éternel bataille entre les modernes et les anciens), Glennister et Dextry
vont faire front commun pour récupérer leur mine convoitée par le duo
administrateur-juriste sans vergogne. Ils seront aidés dans leur
entreprise par l'amour de Cherry et Helen pour Glennister et par leurs amis chercheurs d'or.



Réalisé avec un classicisme sympathique, The Spoilers
vaut surtout pour son intrigue et sa galerie de personnages. Marlene Dietrich
après Destry Rides Again
et avant Rancho Notorious
, tourne là le deuxième des trois westerns de sa carrière. Elle est parfaite dans le rôle ambivalent de Cherry, déterminée et sentimentale. Randolph Scott
est une valeur sure du cinéma et du western en particulier (il suffit de se souvenir de ses prestations dans The Last of the Mohicans
de Seitz, Jesse James
de King
/Cummings
, Virginia City
de Curtiz
ou encore Western Union
de Lang
). John Wayne
,
encore jeune premier, est réjouissant. Son combat aux poings, à la fin
du film, est un morceau d'anthologie. Mention spéciale à Harry Carey
dans le rôle de Dextry, à Richard Barthelmess
, dans ce personnage de l'ombre qu'est Bronco Kid et à la figuration aux "mines" pleines d'authenticité. A noter : la citation fugitive, dans le film, de The Shooting of Dan McGrew
mis en images par Herbert Blaché en 1915 et par Clarence G. Badger en 1924.


















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