"That makes no sense at all!"

La légende ne dit pas quelle créature s'est penchée sur le berceau d'Oren Peli
, mais pour son premier film, le cinéaste possédait au moins deux atouts dans sa manche. Le premier, culturel, fondé sur le constant amour des Etasuniens à se faire peur. Le second, conjoncturel, puisque en ces temps de crises, Paranormal Activity
constituait (ex post) le seul placement financier susceptible de rapporter plus de sept mille fois la mise initiale(1). Co-produit par Jason Blum
, défenseur infatigable du cinéma indépendant aussi connu pour n'avoir pas cru au Blair Witch Project
, ce drame fantastic-horrifique participe au regain du mockumentary, un genre initié vingt-sept ans auparavant par l'Italien Ruggero Deodato
.






San Diego (Californie), 18 septembre 2006. A l'aide de la caméra qu'il vient d'acquérir, Micah espère obtenir enfin l'explication rationnelle des manifestations qui perturbent les nuits de sa compagne Katie et les siennes. Malgré les réticences du trader free-lance, l'étudiante a demandé l'assistance du dr Fredrichs, médium spécialiste des fantômes, auquel elle confesse être visitée de manière discontinue par une inquiétante entité inconnue depuis l'âge de huit ans. Celui-ci se déclare incompétent et leur suggère de faire appel à son collègue démonologue Johann Averies. Au cours de la troisième nuit vidéo-filmée, la porte de la chambre à coucher bouge légèrement sans raison. Quarante-huit heures plus tard, Katie est tirée du sommeil par un cauchemar juste avant qu'un bruit ne résonne fortement quelque part dans la maison. La treizième nuit, le phénomène semble s'aggraver.

A la différence de la plupart des productions du genre (où l'on trouve, outre celles déjà citées, Rec
ou Cloverfield
), Paranormal Activity
joue davantage sur la suggestion d'une présence presque toujours invisible que sur les effets proprement visuels. Nous sommes évidemment très loin des ambitions narratives et artistiques du The Haunting
de Robert Wise
, mais cette vraie-fausse vidéo amateur tournée en dix jours (et 21 nuits !) dans sa propre maison par Oren Peli
parvient, à défaut de susciter la peur panique des spectateurs sur laquelle repose sa réputation promotionnelle, à ménager une réelle et relativement "adhérente" tension sans pourtant convaincre tout à fait. Contrairement à certains classiques(2) évoqués comme modèles par l'ancien informaticien, la persistance (rémanence) impressive s'avère bien moins vivace (c'était le cas également de The Changeling
au sujet connexe). Ce déficit, largement compensé par le succès commercial du film(3), n'empêchera toutefois pas la mise en chantier d'une suite, annoncée dès octobre dernier par la Paramount
(4) et confiée au New-yorkais Tod Williams
.









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1. doté d'un budget d'environ 15 000$, le film a enregistré en une semaine plus de 9M$ (battant ainsi le record pour une diffusion dans moins de 200 salles) et vu ses recettes approcher les 108M$ aux Etats-Unis auxquelles s'ajoutent 85M$ à l'étranger. Au cours des cinq semaines d'exploitation en France, le film a attiré plus d'un million de spectateurs.
2. Psycho
, Jaws
de Spielberg
(à l'origine du changement de conclusion du film), Open Water
et The Blair Witch Project
.





3. et motivant même la réalisation d'un mockbuster, Paranormal Entity
.

4. distributeur dont le logo (sauf copyright) n'apparaît pourtant jamais dans le métrage.
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