"Personne me tue tant que j'ai pas décidé... Je viens !"

Y aurait-il une quelconque nostalgie des grands criminels du passé ? Dans la foulée du léger Sans arme, ni haine, ni violence
voué à Albert Spaggiari(1) par Jean-Paul Rouve
et précédant le récent biopic Public Enemies
consacré par Michael Mann
à John Dillinger, Thomas Langmann
réussissait enfin à faire aboutir son vieux projet(2) sur Jacques Mesrine. Titulaire, comme le célèbre gangster de Chicago qui sévissait lors de la Grande dépression, du statut d'"ennemi public n°1", le Clichois était devenu il est vrai, à la fois pour la Brigade de répression du banditisme et dans l'imaginaire populaire, le (digne) successeur des Pierre Loutrel dit 'le Fou', Emile 'Mimile' Buisson et René Girier 'la Canne'(3), tous membres du mythique gang des Tractions avant. Présenté en première au Toronto Film Festival, L'Instinct de mort
prenait à sa sortie en salles la tête du box-office français, attirant au terme de son exploitation plus de deux millions de spectateurs. Nommé dans dix catégories des "César" 2009, il y obtenait trois récompenses dont celles des meilleurs acteurs et réalisateurs.







Devançant son appel dans l'armée française et envoyé en Algérie, Jacques Mesrine a participé à la torture et aux exécutions sommaires. Accueilli à son retour en 1960 par ses parents dans leur appartement de Clichy, le jeune homme préfère renoncer au paisible travail trouvé par son père pour traîner avec son ami Paul dans des boîtes et bars parisiens. Après un productif cambriolage opéré chez des particuliers du XVIe arrondissement, Paulo présente Mesrine à son ami Guido, escroc patenté proche de l'O.A.S. En rupture avec son père, Mesrine part avec son complice en Espagne où il rencontre Sofia qu'il épousera bientôt. Après l'élimination, en compagnie de Guido, du souteneur de Sarah, Mesrine est incarcéré en 1962 à la prison d'Evreux pour un braquage de banque.

Comment expliquer, plus de trente ans après ses méfaits assez peu charitables, l'intérêt (la fascination iconique chez certains) provoqué par Jacques Mesrine
? Son extravagance, ses actions périlleuses et évasions, l'attraction quasi animale (et probablement romancée) qu'il exerçait auprès des femmes ? A l'image du descriptif documentaire d'Hervé Palud
produit en 1984, L'Instinct de mort
ne permet pas de répondre à cette énigme. Etroitement centré sur le personnage-titre(4), le scénario semble vouloir enchaîner une série d'événements-étapes, de 1959 à septembre 1972, privilégiant les moments forts au détriment d'un certain recul vis à vis du récit. Le film de Jean-François Richet
n'en demeure pas moins un spectacle grand public efficace, notamment grâce à une réalisation "décomplexée". Reprenant le rôle tenu avant lui par Nicolas Silberg
et Serge Riaboukine
, Vincent Cassel
lui apporte une plus-value indéniable. Mention spéciale à la méconnaissable et très estimable Cécile de France
qui offre ici une (trop courte mais) interprétation étonnante par sa sécheresse.








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1. héros des Egouts du paradis
de José Giovanni
il y a déjà trente ans.


2. que Barbet Schroeder
devait initialement réaliser à partir de l'autobiographie, qui donne son titre à la première partie du film, parue en 1977.

3. dont les aventures rocambolesques furent portées à l'écran par Francis Girod
en 1977.

4. décoré de la Croix de guerre des théâtres d'opérations extérieures... au même titre que Pierre Schœndœrffer
et les généraux Jacques Massu et Marcel Bigeard.

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