"... Un homme qui a liquidé ses rêves mais ne peut les oublier."

Moins de six mois après la fin du tournage de son remarquable Kiss Me Deadly
, Robert Aldrich
entame celui, très court, de cette adaptation de la pièce écrite en 1949 par le dramaturge, scénariste et réalisateur Clifford Odets
*. Cette critique non dissimulée des mœurs en vigueur à Hollywood n'est évidemment pas la première produite, y compris par les studios californiens eux-mêmes. Depuis le muet Show People
de King Vidor
à The Bad and the Beautiful
de Vincente Minnelli
en passant par What Price Hollywood?
de George Cukor
ou Hollywood Boulevard
de Robert Florey
. Mais The Big Knife
atteste, de façon métaphorique, la volonté d'Aldrich
de s'affranchir du schéma traditionnel de production puisqu'il est le premier des douze films battant pavillon de la Associates & Aldrich Company. Il fut aussi l'un des quatre films récompensés par un "Lion d'argent" vénitien en 1955.














Alors qu'il s'entraîne à la boxe avec son coach Mickey Feeney dans le jardin de sa résidence de Bel Air, l'acteur Charles Castle reçoit la visite inopinée de Patty Benedict. La célèbre chroniqueuse tente d'obtenir la confirmation de la persistante rumeur d'une rupture du couple Castle. Mais l'apparition de Marion, descendue de l'étage supérieur, apporte une réponse au moins provisoire à cette interrogation. L'épouse de Charles est en réalité bien partie vivre, depuis plusieurs semaines, avec son jeune fils Billy dans leur appartement au bord de l'océan. Même si elle lui reproche ses infidélités, Marion aime sincèrement son mari. Prête à revenir au domicile conjugal, elle lui demande néanmoins de refuser la reconduction du contrat de sept ans avec son producteur, l'égocentrique et pernicieux Stanley Shriner Hoff. Mais celui-ci possède un argument décisif, inconnu de Marion, auquel la vedette de ses films ne peut raisonnablement résister.

S'ils n'ont jamais collaboré directement ensemble, l'adaptation étant signée par James Poe (récompensé deux ans plus tard pour sa contribution à Around the World in Eighty Days
puis nommé à trois autres reprises, dont Cat on a Hot Tin Roof
), Robert Aldrich
et Clifford Odets
partageaient des convergences "intellectuelles" qui expliquent, au moins en partie, le choix du premier de porter la pièce du second à l'écran. La lucide empathie du cinéaste pour le personnage principal, idéaliste mais résigné, qu'il met en scène ne fait également aucun doute. Opérée sur un mode plus mélodramatique que clinique, la description du cruel petit monde hollywoodien, ses ragots et manipulations, sa vanité ne perd pas pour autant de sa force. Le jeu du pouvoir, les sujétions et rapports de force, les antagonismes artificiellement conciliés**, la dissimulation constituent l'intéressante trame d'une chaîne narrative relativement simple. Jolie et surprenante interprétation de Jack Palance
(dans un rôle refusé par Burt Lancaster
) aux côtés d'Ida Lupino
, d'un presque méconnaissable Rod Steiger
et de Shelley Winters
dans un second rôle important.









___
*auteur notamment des œuvres à l'origine de Clash by Night
de Fritz Lang
et The Country Girl
de George Seaton. Clifford Odets
a également inspiré le personnage-titre du Barton Fink
des frères Coen
. La pièce créée initialement à Broadway fut reprise par en 1957 au Théâtre des Bouffes-Parisiens par Jean Renoir
avec Daniel Gélin
(Charles Castle), Claude Génia
(Marion) et Paul Bernard
(Marcus Hoff) puis en 1998 par Joanne Woodward
dans le cadre du Williamstown Theatre Festival.











**on pense, dans un autre domaine, au Sweet Smell of Success
d'Alexander Mackendrick
co-adapté par Clifford Odets
.



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