lundi 10 décembre 2007

Imitation of Life (images de la vie)


"Once a pancake, always a pancake!"

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Les œuvres de l'écrivain féministe Fannie Hurst ont nourrit le cinéma étasunien dès la fin des années 1910. En 1922, Hobart Henley portait Stardust à l'écran. Dix ans et autant d'adaptations plus tard, John M. Stahl réalisait, à deux ans d'intervalle pour Universal, Back Street (avec Irene Dunne en vedette) et Imitation of Life. Le roman publié en 1933, dont le film élimine la première partie, associait deux problématiques importantes et délicates à l'époque : l'émancipation des femmes par le travail* et la discrimination raciale. Le scénario, crédité à William Hurlbut mais auquel ont collaboré Preston Sturges et le récent "oscarisé" Victor Heerman, les repousse un peu en arrière-plan au profit de la relation entre Bea et Delilah d'une part et 'Steve' Archer d'autre part. Nommé dans trois catégories, dont celle du meilleur film aux Academy Awards 1935, Imitation of Life est entré au National Film Registry en 2005.
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Veuve et mère d'une toute jeune Jessie, Bea Pullman doit confier celle-ci à une garderie pour aller vendre ses pots de sirop d'érable, activité exercée par son défunt époux, aux commerçants de sa ville côtière. Un matin, une brave femme de couleur se présente par erreur à sa porte. Delilah Johnson, à la recherche d'un emploi, propose spontanément ses services et convainc l'aimable Bea, qui a il est vrai quelques difficultés à gérer la situation, de l'engager et l'héberger avec sa fille Peola. Lorsqu'un jour, après avoir goûté les délicieux pancakes de son employée, elle passe devant un local à louer sur la promenade de front de mer, Bea a l'idée d'ouvrir un restaurant de crêpes et parvient à finaliser et à rentabiliser son projet malgré la faiblesse de ses ressources financières initiales. Elle embauche également Elmer Smith, un amateur fauché de pancakes, qui lui suggère d'industrialiser la commercialisation de la farine dont la recette secrète a fait le succès de son entreprise. Grâce à ce précieux conseil, Bea et Delilah font rapidement fortune. Mais cette dernière est confrontée de manière répétée au mal-être de la blanche Peola, refusant les effets de sa négritude cachée.
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Très différent à la fois dans l'esprit et, évidemment, dans la forme du remake qu'en fera Douglas Sirk, Imitation of Life est, quoique consensuel (i.e. politiquement correct), une production intelligente, équilibrée et globalement efficace. Malgré la sévère concurrence que constituait It Happened One Night, couronné par les cinq "Oscars" majeurs, dans lequel Claudette Colbert tenait également le rôle principal, le film de John M. Stahl fut un succès populaire et le méritait bien. La mise en scène est assez classique mais l'on apprécie la sobriété et la distance avec lesquelles sont traités les différents drames qui se nouent dans cette histoire. Le jeu de Claudette Colbert est, comme toujours, empreint d'une grande délicatesse et sincérité. Warren William, son partenaire dans Cleopatra sorti la même année, fait montre d'une distinction qui sied parfaitement à son personnage d'ichtyologue aisé et oisif. Mention spéciale au remarquable Ned Sparks, qui partage l'affiche de ce dernier dans Lady for a Day, pour l'humour de son tempérament (et l'inverse !), à l'académique mais sympathique Louise Beavers et à sa cadette d'un an (seulement) Fredi Washington, militante afro-étasunienne, dont le rôle manque, hélas, d'étoffe.
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*le dix-neuvième amendement de la constitution leur avait donné le droit de vote en 1920.

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