"... Those two boys, I give you three to one I can name the winner."

S'il n'est pas la plus réussie des six réalisations(1) de Michael Curtiz
mettant en vedette le couple Errol Flynn
-Olivia de Havilland
, Santa Fe Trail
présente néanmoins un intérêt non négligeable. Le scénario original de Robert Buckner (collaborateur régulier du cinéaste, auteur notamment de Virginia City
sorti un peu plus tôt et adaptateur de Bright Victory
pour Mark Robson
) constitue l'une des rares fictions(2) à évoquer les tensions préliminaires au déclenchement de la Guerre de Sécession et la figure controversée de l'abolitionniste John Brown(3). Aux côtés des têtes d'affiche, l'efficace et inquiétante interprétation de Raymond Massey
ainsi que la masculin et trouble présence de Van Heflin
apportent un relief auquel celle surtout anecdotique de Ronald Reagan
(qui retrouvera une seconde fois Flynn
et Massey
dans Desperate Journey
de Raoul Walsh
) ne contribue pas.















A la veille d'être diplômés de la promotion 1854 à West Point, l'aspirant nordiste Carl Rader et son homologue virginien James 'Jeb' Stuart s'opposent violemment un soir en raison de l'adhésion aux opinions abolitionnistes de John Brown du premier. Le second et six de ses camarades, dont George Custer (Ohio), Robert Holliday (Kansas) et James Longstreet (Caroline du Sud), sont alors convoqués et menacés d'expulsion par le directeur de l'établissement, le colonel Robert E. Lee. Celui-ci choisit de les punir en les affectant à l'unité la plus dangereuse de l'armée : le 2em de Cavalerie basé à Fort Leavenworth. Au lieu de les effrayer, cette décision les enthousiasme car elle est susceptible accélérer leur carrière militaire. Pour avoir sciemment accepté de diffuser des idées politiques parmi les rangs de l'école, Rader est aussitôt banni de l'armée. Dans le train qui les emmène vers le Kansas, Custer et Stuart rivalisent auprès de la jolie Kit Carson Holliday, la sœur de Bob. Assis dans le compartiment, un couple de Noirs et leurs deux enfants accompagnés par Oliver Brown sont invités par deux hommes à descendre avant la sortie du Missouri. L'un d'entre eux est abattu par le cadet des fils Brown avant que celui-ci ne saute du convoi. Arrivés à destination, Stuart et Custer reçoivent pour première mission d'accompagner un convoi de marchandises, convoités par Brown et ses partisans, vers Santa Fé.

"There is a purpose behind that madness." Une réplique du film qui résonne (raisonne) comme un écho aux propos d'Abraham Lincoln sur le précurseur de sa propre lutte contre l'esclavagisme, John Brown. Difficile de rivaliser avec le démonstratif lyrisme romantique d'un Gone with the Wind
, triomphal vainqueur de la 12e cérémonie des Academy Awards (février 1940). La gentille et décorative compétition (jouée d'avance !) amoureuse de Santa Fe Trail
aurait du reste plutôt tendance à altérer un peu la vigueur et la noirceur sous-jacentes du récit de Robert Buckner. Cependant, bien qu'il présente le successeur d'Elijah Parish Lovejoy et responsable du massacre de Pottawatomie davantage comme un terroriste "fanatique" que comme le "martyr" célébré par l'hymne nordiste au cours de la Civil War, le film de Michael Curtiz
pose plutôt intelligemment la question cruciale du choix des moyens au service d'une juste cause. L'un des arguments majeurs en sa faveur reste sans aucun doute l'interprétation de l'excellent Raymond Massey
. Le natif de Toronto reprendra d'ailleurs son rôle dans Seven Angry Men
avec John Lupton
dans celui, cette fois très secondaire, du lt. Jeb Stuart.






___
1. série entamée avec Captain Blood
et poursuivie par The Charge of the Light Brigade
, The Adventures of Robin Hood
, Four's a Crowd
et Dodge City
.





2. avec Dark Command
de W.R. Burnett
et Raoul Walsh
.



3. interprété la même année par John Cromwell
dans son Abe Lincoln in Illinois
où Raymond Massey
tenait le rôle-titre récompensé par un "Oscar".



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