"N'écoute pas les gens qui veulent te décourager."

Avec Two Lovers
, sorti seulement un an après son précédent film, James Gray
opère un changement radical de rythme, de type de récit et de milieu.
Mais toujours avec un goût prononcé pour ce vacillement mélancolique si
reconnaissable. Associé cette fois pour le scénario (opus pair oblige !) à Ric Menello
, complice d'Adam Dubin
notamment, et à la productrice Donna Gigliotti
(Shakespeare in Love
, The Reader
), le cinéaste new-yorkais s'est en effet cette fois inspiré du "Belye notchi
", drame sentimental écrit par Dostoïevski
en 1848 juste avant son incarcération. En sélection officielle à Cannes l'année dernière, Two Lovers
était également en février dernier candidat au "César" du meilleur film étranger.











Leonard Kraditor
rentre chez ses parents après une tentative de suicide par noyade. Le
jeune artiste-photographe à ses moments perdus, revenu quatre mois plus
tôt travailler dans le petit pressing familial, reste toujours
profondément fragilisé par le soudain départ de son ex-fiancée. Le soir
même, un dîner organisé avec Michael Cohen, futur repreneur du commerce des Kraditor, accompagné de sa famille donne l'occasion à la fille aînée de ce dernier, Sandra, de faire la connaissance et de sympathiser avec Léonard. Le lendemain, dans l'escalier de l'immeuble, celui-ci rencontre Michelle,
une voisine récemment installée et à laquelle il offre une brève
hospitalité. Il succombe rapidement au charme de cette belle blonde,
assistante dans un cabinet d'avocats de Manhattan. Michelle
l'invite à se joindre à elle et à deux amies pour aller dans une boîte
de nuit chic. Tout semble bien se passer jusqu'au moment où Léonard apprend par la jeune femme sa secrète et délicate liaison avec un collègue plus âgé, marié et père de famille.

Bien que reposant sur un scénario relativement simple, ce quatrième long métrage de James Gray
possède une incroyable densité, parcouru par une intensité diffuse lui
donnant un relief très particulier. La narration reste évidemment à
l'écart des clichés du classique triangle amoureux pour se focaliser sur
des thèmes bien plus féconds : la renaissance de l'espoir irraisonné,
l'abandon des illusions juvéniles, l'inauthenticité, le dévouement.
Avec, en toile de fond, la nécessaire suprématie de la "conjugaison
passive" (être aimé) sur l'active (aimer). Au cœur d'un casting resserré et solide, Joaquin Phoenix
, dont la talent d'(ancien ?) acteur n'a jusque-là pas été assez reconnu, interprète son troisième personnage grayen
avec une variété et une consistance dignes d'éloges appuyées. Après son ami Heath Ledger
, a-t-on vraiment "perdu" l'un des meilleurs représentants de sa génération ?




Un peu comme Scorsese
à ses débuts, Jimmy Gray
applique de nouveau à merveille le précepte tolstoien
: "Si tu veux parler de l'universel, parle de ton village".



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