dimanche 15 avril 2007

Feng hou (mad monkey)


"Tu vois ? C'est ça qui leur plaît."

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Avant d'être remises au goût du jour par Stephen Chow, les productions mêlant action et comédie étaient apparues en Asie au milieu des années 1970, un nouveau genre initié dès 1975 par Liu Chia-liang avec son Shen da. Au sommet de son art de cinéaste, le réalisateur de Shao Lin san shi liu fang continue à marier avec intelligence la boxe chinoise et le burlesque. Sorti dans la foulée de Zhong hua zhang fu et de deux autres productions ainsi que dans celle de Se ying diu sau de Yuen Woo-ping avec Jackie Chan, Feng hou en est une expression accomplie. Sur une trame pourtant résolument dramatique, le film, vif et virevoltant, est avant tout destiné à divertir et il y réussit formidablement bien.
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A la fin de leur série de spectacles, Chen Bo et sa sœur cadette Cui-hong sont invités par leur producteur Duan Xiang-yuan. Celui-ci convoite la jeune femme et souhaite également éliminer un rival, expert dans le kung-fu du singe. Il enivre Chen pendant que ce dernier fait la démonstration de son talent puis met en scène le viol par ce dernier de sa deuxième épouse. Pour le sauver de la mort, Cui-hong s'offre comme concubine mais elle ne peut empêcher Duan d'estropier les mains de son frère. Chen, devenu montreur de singe dans une autre ville, fait la connaissance de Petit-singe, un espiègle et sympathique voleur dont la cible préférée est la bande de racketteurs à la solde de Cai la Tortue.
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Derrière la mise en scène du kung-fu du singe, chorégraphiée avec un brio et une inventivité remarquables, on trouve des thèmes chers à Liu Chia-liang, ceux de la transmission et de la relation maître-élève. A ce titre, la collaboration entamée l'année précédente avec Hsiao Hou se révèle exemplaire, l'aînée laissant au jeune acteur issu de l'opéra une position prépondérante dans la seconde partie du métrage.

Jiao tou (le professeur de kung-fu)


"Je m'obstine dans ce que j'estime bon."

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Sorti un an après Long xie shi san ying, Jiao tou, quoique de facture plus classique, conserve l'originalité de réalisation propre à Sun Chung. Le scénario du prolifique Ni Kuang est certes moins inspiré que celui de Shao Lin san shih liu fang auquel il fait parfois référence, servant principalement des scènes de combat chorégraphiées par Tang Chia (San duk bei do). La production de la Shaw dispose d'une jolie distribution dominée par Ti Lung et Wong Yu, dans un registre partiellement comique, dont la carrière atteint à cette époque son apogée.
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Un banal incident à la frontière séparant la ville de Hexi Fu entre Zhou et Meng exacerbe davantage la tension entre les deux clans. Le chef Meng Er-da rêve d'éliminer le groupe rival en recrutant l'instructeur Wang Yang, expert notamment dans l'art du bâton. Mais celui-ci refuse de quitter son école et ses disciples de Dama Wan pour former la garde Meng. Un diabolique stratagème va cependant le contraindre à prendre la fuite à Hexi Fu pour empêcher son exécution.
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Avec son récit un peu heurté, dont le point de départ rappelle vaguement Yojimbo, Jiao tou déroute au premier abord. La singulière réalisation de Sun Chung, associant fréquemment plongée, emploi de Steadicam (une première pour le studio) ou prises insolites, et la prestations des acteurs ont pourtant tôt fait de réconcilier le spectateur avec le film. La psychologie des personnages reste assez secondaire au profit de l'action, dont quelques séquences de combat se déroulent, selon un schéma classique à la Shaw, en décor naturel. Le duo formé par le charismatique Ti Lung, vedette du récent Long xie shi san ying du même réalisateur, et par l'un des initiateurs de la comédie kung-fu* Wong Yu, réunis pour la quatrième reprise, fonctionne bien dans la seconde partie du métrage. Une raison qui a peut-être incité Sun Chung à donner, six ans plus tard, une suite à son film intitulée Jiao tou fa wei.
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*avec Jackie Chan.

Azur et Asmar


"... Quoiqu'on fasse, on choisit la porte des ténèbres."

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De l'Afrique occidentale* au Maghreb, le déplacement géographique n'est pas pas très important. Tout en conservant une forte identité liée à son auteur et un exotisme certain, Azur et Asmar offre pourtant de nombreuses différences par rapport aux animations précédentes. Produit par Christophe Rossignon (producteur de La Haine et de Christian Carion notamment) avec un budget de dix millions d'euros, inspiré de contes orientaux persans**, ce film au message réconciliateur est l'occasion pour le cinéaste d'avoir recours pour la première fois à la 3D. Azur et Asmar a été présenté l'année dernière à la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes
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Dès leur naissance, Azur et Asmar ont été élevés ensemble par Jenane, la mère orientale du second. Celle-ci leur raconte volontiers l'histoire de la fée des djinns, retenue captive dans un lieu reculé et difficile d'accès. Les deux garçons, à la fois rivaux et fraternels, rêvent de la délivrer pour l'épouser. Mais un jour le père d'Azur le sépare de son frère de lait pour étudier en ville puis il revoie Jenane et son enfant de sa demeure. Lorsque, devenu adulte, Azur retourne chez lui, il apprend la disparition de ces derniers et décide de prendre la mer pour réaliser son rêve d'enfant. Pris dans une tempête, son navire sombre et Azur échoue sur le rivage d'un pays inconnu où les habitants semblent le craindre à cause de la couleur de ses yeux.
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Fondé sur l'altérité, la solidarité et le partage, le scénario d'Azur et Asmar, sans laisser les parents indifférents, s'adresse en priorité aux enfants. Au-delà du conte moral, la réalisation surprend et charme par son raffinement visuel. Plus que le réalisme, le graphisme, riche, chatoyant mais volontairement simple***, sert le symbolisme de cette aventure d'un exil et d'une quête sublimée. Le dépaysement provoqué par le film est profond, sensation régulièrement renforcée par les dialogues en arabe non traduits ou sous-titrés. Les plus jeunes se laisseront naturellement portés par le récit ; les moins réticents de leurs aînés retrouveront, eux, grâce ce voyage fantastique, certaines saveurs de leur enfance.
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*Michel Ocelot a passé son enfance en Guinée, Youssou N'Dour, le compositeur de la bande originale de Kirikou et la sorcière, est Sénégalais
**et quelques célèbres jeux vidéo d'aventure
***parfois même en ombres chinoises

vendredi 13 avril 2007

Qun ying hui (les maîtres de l'épée)


"La beauté est un rude obstacle pour le brave."

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En 1972, pas moins de huit films réalisés par Chang Cheh sortent sur les écrans, dont le fameux Ma Yong Zhen. Le boulimique Ogre de Hong Kong trouve pourtant le temps et les ressources pour s'intéresser à des projets collectifs tels Shui hu zhuan ou ce Qun ying hui qui lui est en grande partie officiellement attribué par la Shaw. Aux côtés du vétéran Yueh Feng et de Gang Cheng, lequel produit la même année l'ambitieux Shi si nu ying hao, le cinéaste majeur du studio chinois signe cette opportuniste et incorrectement dénommée trilogie dotée d'un prestigieux casting.
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"L'arc de fer" : maître Chi, le fils du préfet, est farouchement épris de la jolie Ying-ying. Pour épouser la fille de la propriétaire de "La théière de jade", l'impétueux et malhabile prétendant doit respecter une clause testamentaire formulée par le père de la jeune femme, réussir à se servir de l'arc laissé par celui-ci. La tentative est perturbée par l'intervention de Kuang Zhong en route vers la capitale. "La tigresse au rouge à lèvres" : décidé avec ses hommes à renverser l'empereur, le bandit Pang Xun est aussi à la recherche de Shi Zhong-yu. Après une très brève entrevue, la courtisane empêche son amant le général Wang de répondre à l'appel de son mandarin. L'officier, condamné à être décapité, est sauvé par sa maîtresse à la condition de capturer Pang Xun. "Le rivage de l'eau blanche" : la troupe chargée d'escorter Xu Shi-ying, faussement présenté comme un bandit, est attaquée par Feng-yin, la sœur de ce dernier, appuyée par Hua Feng-chun et trois autres compagnons. Le héros Mu Yu-qui, dit le 11e se mêle bientôt au combat opposant les soldats du préfet rallié aux Jin et les fidèles du clan Song.
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Ce cinéma de genre se prête assez mal au format abrégé, nécessitant du temps pour installer l'intrigue et les personnages. Cette assertion est confirmée dans Qun ying hui puisque le premier segment apparaît (comme ?) inachevé, le dernier, inspiré d'un opéra éponyme, ressemblant à un "morceau" de bravoure chehien quasiment caricatural. Seul le volet de Gang Cheng, où les femmes tiennent naturellement le meilleur rôle, développe un récit équilibré et la psychologie des protagonistes. A l'exception de l'esprit chevaleresque et de la fourberie des autorités, on voit mal ce qui réunit ces trois courts métrages manifestement dissemblables.