
Un
homme cherche une adresse au milieu d'un ancien lotissement
pavillonnaire situé en bordure d'aéroport. En l'absence de la modéliste Etsuko Yanagisawa,
il attend son retour dans la niche du jardin. Lorsque, la nuit venue,
la jeune femme arrive enfin, elle croit reconnaître la voix de Toshio dans l'aboiement qui l'interpelle. Il s'agit en réalité du photographe Koishi
auquel elle aurait promis de poser lors d'une rencontre
professionnelle. Le fantasque individu devient vite entreprenant et lui
affirme qu'ils se seraient déjà connus intimement dans un studio de
prise de vues. Après s'être opposé et avoir tenté de fuir les assauts
brutaux de Koishi, Etsuko s'abandonne à lui.

Au matin, Koishi réussit à quitter la maison juste à temps pour éviter le policier annoncé sur le message laissé par Etsuko,
l'intimant également de ne plus revenir. Un habitant récent du quartier
invite peu après le photographe à boire un thé, lui montre des nus
qu'il a réalisés et lui demande de développer discrètement pour lui une
pellicule. Le soir, de retour chez Etsuko, Koishi doit se cacher quand deux amis de celle-ci, Yukié et Akira, décident de l'attendre dans son salon. Excité, Akira se monte rapidement pressant vis-à-vis de sa compagne. Koishi, dissimulé derrière un mannequin, essaie de les photographier avant d'être repéré. Il prétend alors être le frère d'Etsuko, bientôt démenti par cette dernière qui le présente comme son nouveau petit-ami.

Anticonformiste, volontiers provocateur et irrationnel, Erosu wa amaki kaori
exprime avec légèreté une vivace douleur, ou, à tout le moins, un
malaise en nous montrant, de façon microcosmique et métaphorique, un
Japon(1) à la fois enthousiaste et désorienté de s'être récemment affranchi (d'une partie) de la tutelle étasunienne(2). Des sentiments et forces contradictoires (amour et haine, désir-répulsion, création-destruction, pulsions de vie et de mort) animent d'ailleurs le scénario co-signé par Atsushi Yamatoya (Showa onnamichi: Rashomon
).
Bien que passives, les femmes y tiennent les cordons de la bourse
pendant que l'infantile gent masculine s'adonne au jeu et confectionne
des images. Titulaire l'année précédente d'un second rôle dans le Ongaku
de Yasuzo Masumura
, Chôei Takahashi porte assez bien la fêlure parfois frénétique, de son personnage faussement domestiquée aux côtés de Kaori Momoi
au début de sa carrière (elle venait de tourner son troisième film, Akai tori nigeta? avec Toshiya Fujita ; redécouverte grâce à Yôji Yamada
puis reconnue chez Yoichi Higashi
et Kurosawa
) et d'Hiroko Isayama
(Ichijo Sayuri: Nureta yokujo
, Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô
).











___
1. dans lequel Alain Delon
était-il une icône adulée ou un homme-objet... asexué ?

2. le film prend pour décor une maison appartenant à un bloc
d'habitations où étaient installés des soldats US avant leur départ
consécutif notamment aux révoltes populaires d'Okinawa en 1972. Une
représentation de la bannière étoilée apparaît à l'intérieur, celle du
Hinomaru... sur la niche du chien. Il n'est peut-être pas non plus
innocent qu'elle porte le n°P38 qui, rappelons-le, était dans le
catalogue de l'industriel Walther, un pistolet à double action
semi-automatique (remplaçant du Luger) fourni comme le modèle PP (rendu
célèbre dans sa version compacte par James Bond
) à l'armée allemande avant la Seconde Guerre mondiale.

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