"What else can you do to us?"

Suivi par près d'un téléspectateur sur deux lors de sa diffusion sur la chaîne NBC entre le 16 et le 19 avril 1978 (plus d'un tiers en Allemagne de l'ouest en janvier 1979), Holocaust
était devenu, surtout outre-Atlantique, une sorte de référence sur la
tragédie vécue par les Juifs d'Europe dès l'instauration du troisième
reich, et notamment l'élaboration de la "solution finale".
Spécificité occultée au moins jusqu'au procès d'Adolf Eichmann en 1961,
soit vingt ans après sa mise en œuvre par Hermann Göring et Reinhard
Heydrich, seize ans après la défaite du régime nazi et la découverte des
funestes camps de concentration. La mini-série produite par Robert Berger et écrite par Gerald Green reçut d'ailleurs huit "Emmy Awards"(1) (sur quinze nominations) et contribua à la révélation d'une actrice exceptionnelle, Meryl Streep
(titulaire la même année d'un second rôle dans The Deer Hunter
).




Le sujet avait certes été abordé ou développé par d'autres films. To Be or Not to Be
de Lubitsch
l'évoquait dès 1942 dans une réplique mémorable(2), The Seventh Cross
(1944) de Fred Zinnemann
relatait la traque de sept évadés d'un camps, The Stranger
(1946) d'Orson Welles
contenait les premières archives d'un vernichtungslager. Sans oublier les documentaires tournés après la guerre par Billy Wilder
, George Stevens
, Alfred Hitchcock
ou encore Nuit et brouillard
d'Alain Resnais
... dont le commentaire ne mentionne jamais la majoritaire judéité des victimes. Mais Holocaust
avait la particularité de lui être consacré ainsi que l'ambition, par son format, de toucher le plus grand nombre.













La dimension "pédagogique" de cette fiction n'a cependant pas tardé à être contestée(3). Le long téléfilm de Marvin J. Chomsky, à la tonalité ouvertement mélodramatique, vise en effet davantage l'émotion que la réflexion, manquant également (évidemment ?) de réalisme et de subtilité. Sous-titré "The Story of the Family Weiss", il réussit néanmoins à mettre en évidence, à travers la métamorphose du paisible époux et père de famille Erik Dork en opportuniste, crapule puis dément (une ambiguë finale inflexion narrative), la terrifiante mécanique d'extermination et de perte d'humanité. Holocaust
a enfin contribué à l'introduction en 1980 du vocable(4) dans la langue allemande et l'allongement outre-Rhin du délai de prescription pour les criminels nazis.

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1. meilleurs série, scénario, réalisation, acteurs (Meryl Streep
, Michael Moriarty
aussi gratifié d'un "Golden Globes" et Blanche Baker
), montage et costumes. Marvin J. Chomsky obtint également un Directors Guild of America Award, Rosemary Harris
un "Golden Globes".




2. "So they call me Concentration Camp Ehrhardt?" prononcé plusieurs fois par Jack Benny
alias Josef Tura déguisé en colonel Ehrhardt.

3. par Primo Levi
, Elie Wiesel
ou Claude Lanzmann
, auteur du monumental Shoah
qui déclarait à propos de Schindler's List
: "L'Holocauste est d'abord unique en ceci qu'il édifie autour de lui,
en un cercle de flamme, la limite à ne pas franchir parce qu'un certain
absolu d'horreur est intransmissible : prétendre le faire c'est se
rendre coupable de la transgression la plus grave. La fiction est une
transgression, je pense profondément qu'il y a un interdit de la
représentation. En voyant "La Liste de Schindler", j'ai retrouvé ce que
j'avais éprouvé en voyant le feuilleton "Holocauste". Transgresser ou
trivialiser, ici c'est pareil : le feuilleton ou le film hollywoodien
transgressent parce qu'ils "trivialisent", abolissant le caractère
unique de l'Holocauste."





4. du grec holos "en entier" et kaustos "brûler", emploi
contradictoire puisqu'il désigne une offrande rituelle dans la
traduction de l'"Ancien Testament".
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