mercredi 12 novembre 2003

César


"Oooooh, il a un enfant depuis cinq minutes et il l'engueule à brûle-pourpoint !"

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Avec ce dernier opus de la trilogie, tourné quatre ans après le précédent, nous n'avons plus affaire à un scénario adapté d'une pièce de théâtre mais écrit pour le cinéma. Et cela se voit, nous y reviendrons. D'autant que Marcel Pagnol est, cette fois, seul maître à bord puisqu'il produit et dirige, seul, ce César dans ses studios de Marseille. Il lui faut conclure cette belle fresque, dont les deux premiers volets ont enthousiasmé le public, et pas seulement le marseillais. L'auteur choisit la simplicité (et non la facilité), et c'est tant mieux : pas de nouveau personnage principal, pas de rebondissement extraordinaire, simplement un déplacement dans le temps.
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Car l'action de César ne débute pas, comme pour Fanny, précisément au moment où s'est arrêté le précédent épisode, mais près de vingt ans plus tard. Honoré Panisse est sur le point de mourir ; "son" fils, que l'on surnomme Césariot, élève de Polytechnique, vient à son chevet. Après le décès de "son papa", sa mère lui révèle la vérité sur sa "double paternité". Après avoir feint un total désintérêt pour son vrai père, qui a abandonné sa mère et lui, il va, en secret, à sa rencontre sous une fausse identité pour se forger une opinion par lui-même. A la suite d'une dispute avec son père, Marius a, en effet, quitté Marseille et possède un garage automobile à Toulon. Après avoir partagé une partie de pêche, Césariot s'apprête à lui dire qu'il est son fils. Hélas ! l'associé de Marius, par une mauvaise plaisanterie, lui fait croire que son père est en réalité un escroc. De retour à Marseille, Césariot se désole, lui, un brillant ingénieur, de son ascendance douteuse. Fanny, toujours amoureuse, et qui connaît bien Marius, prend la défense du père de son fils. Tout se terminera par une "lessive de linges sales en famille", une réconciliation générale et par le futur mariage des deux amants si longtemps séparés.
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Si l'on pouvait avoir encore un doute sur le caractère cinématographique des précédents volets, doute n'étant validé par aucune argument solide (cf critiques en question), César est un vrai film, les scènes d'extérieur sont plus nombreuses et l'action se déplace plus souvent dans et à l'extérieur de Marseille... jusque dans le département voisin du Var ! Pourtant, il comporte quelques faiblesses, liées à cette nouvelle liberté de mouvement : la présence de scènes qui n'apportent rien sur le plan narratif et qui dilue l'intensité dramatique, celle du cortège funéraire ou celle du pavé caché sous un chapeau (sorte de sketchs destinée à donner une légère touche burlesque, même si cette dernière permet vaguement d'approfondir l'étude psychologique comparative entre marseillais et lyonnais). La première séquence avec le curé de la paroisse venu confesser Panisse est également plutôt faible, longue dissertation à vocation spirituelle (voire mystique) qui donne lieu à un échange contradictoire argumenté entre la science, en la personne du médecin, et la religion. Globalement, l'impression que laisse César est d'être moins construit que ses prédécesseurs et, surtout, d'être moins "écrit", les dialogues y sont moins forts, les répliques moins mémorables.
Le film complète le cycle thématique déjà évoqué en insistant, ici, sur le mensonge (récurrent dans la trilogie, de même que l'opposition science/bon sens) et surtout sur la maturité, symbolisée par le personnage-titre de César (même s'il existe une ambiguïté puisque c'est également le prénom de son petit-fils, omniprésent dans ce film ; mais nous allons tenter de résoudre cette apparente difficulté). C'est l'heure des bilans (la confession de Panisse, son absence pendant la partie de carte, la révélation de la vérité, la reconnaissance des erreurs...) et, donc, la possibilité d'un héritage assumé et d'un recommencement. Et l'homonymie des César prend tout son sens.
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L'interprétation subit les effets de la légère perte de substance scénaristique et de l'importance prise par le personnage de Césariot. Les rôles de César, Fanny et Marius, même s'ils ont "leur scène" comme on dit au théâtre, sont presque secondaires. Cette évolution s'accompagne de la montée en puissance, dans ce registre, des personnages du médecin, du curé et du chauffeur, seulement entrevus dans les films précédents. Enfin, et surtout, César perd l'accent de Marseille puisque Césariot est un parisien. On se demande d'ailleurs comment des personnages aussi romantiques et passionnés que Marius et Fanny ont pu avoir un rejeton aussi rationnel et froid que lui ? De l'influence de l'environnement sur les cultures !?

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