mardi 20 mars 2007

Columbo: Fade in to Murder (deux en un)


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6.1 Parce qu'il fait l'objet d'un chantage de la part de sa productrice et maîtresse, Claire Daley, Ward Fowler, acteur vedette d'une série télévisée, décide de l'éliminer. Son assistant Mark, invité à venir voir un match de base-ball à son domicile, va lui servir d'alibi. Il drogue son verre d'alcool, enregistre la compétition sur magnétoscope et s'en va abattre Claire chez un traiteur où elle s'est rendue, faisant passer le meurtre pour un vol à main armée aux conséquences dramatiques. De retour chez lui, il rembobine la cassette, retarde la montre de son complice involontaire avant de le réveiller brièvement.
Tourné dans les décors des studio Universal, Fade in to Murder tient à la fois de la mise en abyme et de l'exercice de style. L'essentiel du scénario est constitué par la collaboration-opposition entre les deux lieutenants Columbo et Lucerne. Celui-ci s'apparente d'ailleurs à un double du premier, notamment dans l'introduction, avant de sombrer dans un inquiétant dédoublement de personnalité. La première des deux participations à la série de William 'Kirk' Shatner est évidemment l'un des atouts de l'épisode, lequel fait fugitivement référence à Jaws dans une scène où l'imperméable de l'inspecteur laisse également apparaître un cercle fait à la craie... au cours d'une séquence postérieure. Notons enfin la présence dans le casting de la future (seconde) Mrs Falk.

Sag-haye velgard (chiens égarés)


"C'est quoi l'enfer ?"

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C'est pendant le tournage de Panj é asr de Samira Makhmalbaf sur lequel elle était assistante que Marzieh Meshkini a eu l'idée de Sag-haye velgard. Au cours de repérages à Kaboul, l'épouse de Mohsen Makhmalbaf visite une prison où des enfants sont hébergés avec leur mère prisonnière. La trame narrative de son second film est pour l'essentiel nouée. L'histoire se déroule en Afghanistan après la guerre d'octobre-novembre 2001 mais elle pourrait tout aussi bien prendre pour cadre un autre pays pauvre. Présenté à la Mostra 2004 et au Festival de Paris 2005, Sag-haye velgard a valu à sa jeune interprète Gol-Ghotai le prix de la meilleure actrice de cette dernière manifestation.
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Gol-Ghotai et son grand frère Zahed subsistent en récupérant des ordures et du bois dans les rues de Kaboul. Ce jour-là, ils sauvent un chien poursuivi et menacé d'être brûlé vif par des enfants qui le lient aux envahisseurs de leur pays. La nuit, les deux vagabonds ont l'habitude de rejoindre leur mère dans sa cellule où elle est enfermée pour adultère. Sans nouvelle de son mari taliban pendant cinq ans, celle-ci s'était remariée pour échapper, elle et ses enfants, à la famine. A son retour, le Mollah Rahman, lui-même détenu par le gouvernement, avait réclamé et obtenu l'emprisonnement de son épouse infidèle. Mais le directeur de la prison refuse à présent d'héberger Gol-Ghotai et Zahed. Il leur faut donc obtenir pour leur mère le pardon de leur père. Ou trouver une autre solution pour ne pas dormir à la belle étoile dans le froid des nuits afghanes.
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Ni néo-réaliste*, ni fiction documentaire, Sag-haye velgard est avant tout un drame poétique, parfois poignant, de l'errance, de la survie et du sacrifice. Le film ne semble pas être porteur d'un véritable message, à l'exception de celui, simpliste, des conséquences d'une guerre dans un pays déjà sous-développé. La cohabitation de la surdité (principalement masculine) et de la solidarité dans le dénuement frappe évidemment les esprits. Mais les figures (symboliques ?) des avions traversant le ciel, du logement automobile ou des combats de chiens restent abstruses. Sag-haye velgard est moins un manifeste qu'une atmosphère ; ceci posé, le film de Marzieh Meshkini séduit assurément.
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*la citation explicite de Ladri di biciclette, à la forte incidence sur la fin du scénario, ne constitue qu'une forme de "deus ex machina" à rebours.

Arrivederci amore, ciao


"... Elégant dehors, pourri dedans."

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Le cinéma italien nous a livré, coup sur coup, l'année dernière deux polars adaptés de romans, Romanzo criminale et ce Arrivederci amore, ciao, présenté au Festival de Cognac, l'un et l'autre avec Michele Placido à l'affiche. Le pays de Dante Alighieri tenterait-il de rattraper son retard en matière de romans et de films noirs ? Pour Massimo Carlotto, dont l'ouvrage est paru en 2001 (i.e. au moment de l'arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi), les fictions criminelles ne seraient que prétextes pour parler de la réalité sociale, économique et politique d'un pays où le journalisme d'investigation a disparu. Si cette réalité est aussi sombre et violente que le film de Michele Soavi, il y a matière à s'inquiéter.
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Activiste d'extrême gauche auteur d'un attentat qui lui vaut une condamnation à la perpétuité par contumace, Giorgio Pellegrini s'est réfugié en Amérique du sud où il tente de continuer le combat. Après une exécution dérisoire, il est autorisé à rentrer en Italie via Paris où il retrouve brièvement Sergio Cosimato, un ancien camarade devenu romancier à succès. A Milan, il est pris en main par le vice-commissaire Ferruccio Anedda pour lequel il devient un indicateur. Pasquale Marino dit 'le Vésuvien', codétenu dans la même cellule, lui offre un emploi dans son club, le "Blue Sky". Mais Giorgio est surtout intéressé par les femmes, même celles des autres, l'argent et, d'abord, sa réhabilitation judiciaire.
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Le roman partiellement autobiographique de Carlotto partait d'une riche idée, faire le récit d'un authentique opportuniste, criminel par obligation, en route vers la richesse et la respectabilité. Assez loin de la tradition des Giorgio Scerbanenco ou Marcello Fois, l'écrivain padouan décrivait ainsi un itinéraire initiatique aux connotations très actuelles. Pour son retour au cinéma, Michele Soavi, en digne héritier de Dario Argento, l'additionne parfois d'une dimension horrifique proche du giallo. L'un des rares reproches que l'on puisse formuler à l'encontre du film est son relatif manque d'unité, tant formel que narratif. En revanche, Alessio Boni réussit à apporter à son personnage cet idéal mélange d'innocence et de perversité susceptible de ne pas le rendre totalement haïssable. Et puis, un fan d'"Aqualung" de Jethro Tull ne peut pas être complètement mauvais !

Edmond


"Toute peur cache une envie."

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Présenté au Festival du film américain de Deauville 2005, Edmond est une adaptation de la pièce éponyme (en un acte et vingt-trois courtes scènes) de David Mamet montée au Goodman Theatre de Chicago en juin 1982. Stuart Gordon, le vieux complice du dramaturge et scénariste au sein de la Chicago's Organic Theater Company, est chargé de la réalisation. Le film conserve une bonne part de sa théâtralité originelle mais les décors où évolue le personnage central ne ressemblent plus vraiment au New York du XXIe siècle. Le récit ne vise d'ailleurs pas le réalisme, métaphore essentiellement conceptuelle, entre comédie noire et drame psychologique, du refoulement social des pulsions.
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Edmond Burke est un modeste cadre d'entreprise. Lorsqu'il quitte son bureau, ce vendredi soir, une secrétaire l'informe que son rendez-vous du lundi est décalé à treize heures quinze (1:15). Sur le chemin, il entre dans une boutique, sise au numéro 115 de la rue, dans laquelle une voyante lui tire les cartes du tarot et déclare laconiquement : "Vous n'êtes pas à votre place." Cette radicale remise en cause le pousse à quitter brutalement et définitivement son épouse et son appartement. Dans un bar, il rencontre un inconnu aussi désabusé que lui. Lorsque celui-ci quitte l'établissement, il suggère à Edmond d'aller dans un club dont il lui confie la carte. Une singulière nuit blanche vient de commencer.
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Les films traitant, sur le mode intellectuel ou dramatique, de la brusque déviance sociale, du "pétage de plombs" pour parler de manière plus imagée, ne sont pas rares. Joe de John G. Avildsen, Taxi Driver de Scorsese, voire Eyes Wide Shut de Kubrick, en sont de frappants exemples. Pour Mamet aussi, la ligne de fracture entre le citoyen artificiel et l'homme réel (primitif) semble ténue, avec, bien entendu, le sexe comme catalyseur ultime. Son constat ou sa démonstration, entre rationalisme et mysticisme, contingence et fatalité, tourne cependant un peu à vide. Edmond* est-il une simple critique du conservatisme ou de l'utopique état de nature ?
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*le nom du personnage principal pourrait être inspiré de l'auteur et théoricien Edmund Burke (1729-1797), l'un des pères du conservatisme moderne et influence majeure du libéralisme politique.