lundi 30 janvier 2006

Mr. & Mrs. Smith


"Who's your Daddy now? "

Vu par plus d'un million de spectateurs en première semaine (estivale) et ayant attiré près de trois millions de personnes (en dixième position des entrées 2005) au terme de sa carrière en salles, Mr. & Mrs. Smith peut être considéré comme un succès commercial*. Centré sur un couple peu ordinaire, il est aussi, on le sait en raison du tapage médiatique qui l'a entouré avant même sa sortie, à l'origine... d'un divorce. Doug Liman, dont c'est le cinquième long métrage après The Bourne Identity, reste dans le domaine de l'action mais renoue avec le climat de ses premiers films en y incorporant une bonne dose de comédie. Délicat mariage qui, lorsqu'il n'est pas maîtrisé, tourne à la déconfiture. S'il ne fait pas dans la subtilité, Mr. & Mrs. Smith est un film de divertissement plaisant, dans la lignée de True Lies dont le scénario s'inspire d'ailleurs partiellement.
"Cinq ou six ans" après un coup de foudre accidentel et salvateur à Bogota, rapidement suivi d'un mariage, le couple Smith est en délicatesse. Cette crise, née classiquement de problèmes de compatibilité, de communication et de la routine, l'oblige à consulter un conseiller matrimonial. Mais ce sont surtout ces petits secrets, apparemment insignifiants, qui agacent Jane et John. Apparemment seulement car, en réalité, ce qu'ils ne savent pas et vont découvrir, c'est qu'ils sont, derrière des couvertures rassurantes, des tueurs à gage réputés travaillant pour des organisations concurrentes. Et le bât commence à blesser lorsqu'ils sont tous les deux chargés d'éliminer une même cible. S'étant mutuellement neutralisés sur cette opération, les Smith vont partir en guerre l'un contre l'autre.
En 1956, Boris Vian faisait chanter à Magali Noël"fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny" sur un air de rock signé Alain Goraguer. Près de cinquante plus tard, Mr. & Mrs. Smith** fait également de l'amour vache son credo, mais au rythme d'une valse ou d'un tango. Avec son titre emprunté à une des œuvres mineures de maître Hitchcock et son scénario qui rappelle ostensiblement ceux de Prizzi's Honor et de The War of the Roses, le dernier film de Doug Liman séduit mais ne charme pas. Le potentiel était pourtant réel mais l'absence d'une authentique tension et le défaut d'inventivité dans la narration et la mise en scène, très inspirée du film d'action asiatique, l'empêchent d'emballer la machine. De plus, comme Mr. & Mrs. Smith repose sur son duo d'acteurs (les personnages secondaires sont insignifiants, y compris celui interprété par Vince Vaughn) et que celui-ci fait son job sans visible passion (leur vie privée ne nous intéressant pas !), la mayonnaise ne prend pas vraiment. Brad Pitt, pris en même temps sur le tournage du médiocre Ocean's Twelve, est photogénique mais il y a bien longtemps maintenant qu'on ne l'a pas vu dans un bon film. Angelina Jolie, "castée" à la place de Nicole Kidman, malgré ses plus de vingt prestations au cinéma, ne nous a pas encore convaincu qu'elle était une bonne actrice (et la digne fille de son père !).
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*il a d'ailleurs largement amorti son budget d'environ 110M$ sur le seul territoire américain.
**adaptation de l'éphémère série TV des années 1990 produite et interprétée par Scott Bakula.

Reykjavik, des elfes dans la ville



Svanhvit est une jeune mère célibataire qui exerce la coiffure dans un salon. Tinna s'occupe d'enfants et fait de la photographie. Son compagnon David, musicien et peintre, réalise, avec son aide, une fresque sur un mur de Reykjavik. Lorsque, au cours de ces quelques jours autour du Nouvel An, le trio rencontre ses amis, on discute de travail, d'argent, de sexualité, de famille, d'alcoolisme, de politique, de croyance et de mythologie, d'amitié et de mariage, d'amour du pays et d'envie d'en partir.
Un portrait à la fois classique et insolite d'un échantillon de la jeunesse islandaise réalisé avec un grand soin graphique. (réalisation : Sólveig Anspach - 2001)

Inside Deep Throat


"... Autant le faire sans parler."

Commençons par une précision en forme de confession : je n'ai jamais vu Deep Throat et n'en connais que les extraits diffusés par les médias grand public. Non pas que je sois un disciple des Charles Keating ou Larry Parrish, mais les raisons qui me poussent, a priori, à voir un film sont ses qualités artistiques, didactiques et/ou humoristiques. Et le film de Gerard Damiano, ainsi que les productions du même acabit, ne me semblent pas répondre à ces critères. Ce préambule étant fait, une question s'impose aussitôt. Pourquoi s'intéresser alors à un documentaire qui lui est consacré ? Tradition oblige, j'y répondrai par une autre question : pourquoi le très actif et respectable producteur de cinéma et de télévision Brian Grazer, trois fois nominé aux Academy Awards et honoré, à cinquante ans, par un "David O. Selznick Lifetime Achievement Award" de la Producers Guild of America, est-il à l'origine de ce projet ? Première élément de réponse, le collaborateur et ami de Ron Howard aurait entendu les propos de sa grand-mère 'sex'agénaire, intriguée par ce qu'en disait la rumeur, après une projection du film lors de sa première sortie en salles. Cette expérience lui aurait, plus tard, donné envie de tourner un biopic sur la fictive patiente du docteur Young, Linda Lovelace, à laquelle Meg Ryan aurait prêté son anatomie. Le projet en l'état n'ayant pas abouti, il s'est transformé en cet intéressant documentaire, présenté en première au Sundance Film Festival.
Car, en effet, les multiples péripéties qu'a connu ce phénomène, cet obélisque du film de genre, vieux de plus de trente ans, et par ses initiateurs, son contexte et, dans une certaine mesure, son influence sur la société américaine méritait bien cette contribution. Cela au moment même où les Etats-Unis connaissent, après R. Nixon et R. Reagan, l'Administration la plus réactionnaire de son histoire moderne. Réalisé allègrement mais avec sérieux* par un duo expérimenté dans le domaine du documentaire**, Inside Deep Throat, dont le titre (facile) décrit bien sa tonalité générale, revient d'abord sur la production, dérisoire, du premier "Porno Chic" comme le qualifiait un célèbre article du "NY Times". Tournée sans aucun talent cinématographique par un ancien coiffeur pour dames du Queens, cette absurde histoire de malformation gynécologique destinée à alimenter le marché alors confidentiel du film de Q est devenue la production la plus rentable de l'histoire récente du cinéma, ses recettes atteignant, en 2002, plus de vingt-quatre mille fois (24 000 !) son budget.
Le documentaire analyse parallèlement les raisons du développement du X, tant sociales, économiques que culturelles (poursuite de la révolution sexuelle initiée à la fin des années 1960, crise d'Hollywood...), ainsi que les tentatives des autorités publiques d'enrayer l'essor de cette "corruption des mœurs" symbolisée par le "porno". Un long chapitre traite des multiples procès dont Deep Throat a fait l'objet, à l'origine d'une partie substantielle de son succès commercial et de la première inculpation d'un "acteur" pour l'exercice de sa profession. Incidemment, pendant que le FBI investiguait, la pègre, attirée par les sommes brassées par la diffusion du film, organisait un vaste racket à l'encontre des distributeurs. L'ironie du sort a voulu qu'au moment où Harry Reems était condamné à cinq ans de prison, son plus haut procureur tombe pour l'affaire du Watergate grâce aux révélations d'un informateur anonyme baptisé par le journaliste Bob Woodward "Deep Throat".

NB : les dix noms qui figurent sous la rubrique "Acteurs" de la fiche-film sont, dans l'ordre, les premiers auxquels le documentaire donne la parole.
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*deux ans de tournage dont huit cents heures d'interviews avec plus d'une centaine d'interlocuteurs et un an de montage.
**les deux "B", Bailey et Barbato, ont notamment réalisé des documentaires sur Tammy Faye, une ancienne très populaire télévangéliste et sur l'énigmatique vie sexuelle du fuhrer du troisième reich.

The Skeleton Key (la porte des secrets)


"Frappe le mal avec un bâton tordu."

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Les meilleures productions américaines sont souvent l'œuvre... de Britanniques. C'est le cas de ce thriller, confié aux bons soins du diplômé de Cambridge Iain Softley. Le réalisateur de K-PAX nous propose, avec ce film, une autre facette de son talent qui, on le sait, est réel. Sur un scénario plutôt malin d'Ehren Kruger (Arlington Road, The Ring, The Brothers Grimm), The Skeleton Key nous entraîne dans ces climats si singuliers qui règnent autour des eaux marécageuses de la région de la Nouvelle-Orléans, dévastée depuis. Son intrigue, parfois un peu alambiquée, est particulièrement bien servie par un casting serré mais efficace et par une mise en scène qui ne faiblit pas sur toute la durée du métrage.
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Orpheline d'un père dont elle n'a pu s'occuper au crépuscule précoce de sa vie, Caroline Ellis est une jeune infirmière de vingt-cinq ans affectée au service de gériatrie d'un hôpital de la Nouvelle-Orléans. Lassée par ce mouroir dans lequel les patients sont, au mieux, délaissés, elle décide de répondre à une annonce recherchant une garde-malade dans une propriété en dehors de la ville. Là, elle rencontre Luke Marshall, le notaire du couple Deveraux, Ben, victime d'une attaque cérébrale l'ayant laissé dans un état presque végétatif et Violet, réticente à l'arrivée de l'étrangère Caroline mais qui se laisse toutefois convaincre par Luke. Une fois installée, Caroline est munie d'un passe lui donnant accès à toutes les pièces de la maison sauf à un mystérieux local au dernier étage qui pourrait, de manière inexpliquée, être à l'origine de l'état de Ben.
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Envoyée par Violet au grenier pour y chercher des semis de fleurs, la jeune femme entend puis voit la porte de la pièce en question brièvement mais étrangement agitée, comme mue par quelqu'un à l'intérieur. Le soir, Ben, qui semble redouter une menace, essaie de s'enfuir en sortant par la fenêtre de sa chambre et en se traînant, sous la pluie, sur le toit de la terrasse avant d'être rattrapé. Intriguée par son environnement, Caroline finit par réussir à pénétrer dans la seule pièce qui lui restait inaccessible et découvre divers objets de culte animiste, la totalité des miroirs de la maison dont elle avait remarqué la trace sur les murs et un inquiétant disque qu'elle emporte dont la pochette mentionne l'existence passée d'un sacrifice. Près de cent ans plus tôt, la résidence, appartenant alors à un riche banquier et à sa famille, avait été le théâtre d'une terrifiante cérémonie.
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Poser ses caméras dans le Bayou de Louisiane ne suffit pas à faire un bon film. Double Jeopardy ou The Badge par exemple n'atteignent par ce qualificatif, Obsession, partiellement tourné sur place, davantage. The Skeleton Key, tout en étant très différent, s'inscrit dans le sillage du Angel Heart d'Alan Parker* (plus que dans celui du surestimé The Others). Le film d'Iain Softley est moins névrotique, moins troublant mais le réalisateur réussit à installer durablement une inquiétante et oppressante atmosphère au milieu de laquelle alternent et s'opposent rationnel et fantastique. Il ménage aussi, malgré quelques légères maladresses, une montée progressive de la tension sans utiliser trop d'artifices. Outre la qualité de la prestation des acteurs, Kate Hudson sobre et constante, Gena Rowlands étonnante dans le registre de la duplicité et John Hurt soumis à une délicate composition, l'un des intérêts de The Skeleton Key est de laisser le spectateur dans une inconfortable expectative pendant toute la durée du métrage et de s'interroger en permanence sur la nature et le rôle des personnages, comme celui, secondaire, de Jill, la colocataire de Caroline.
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*qui récidivera, l'année suivante, dans l'état voisin du Mississippi avec le remarquable Mississippi Burning.