dimanche 19 décembre 2004

Ocean's Twelve


"Danny Ocean : Quel âge me donnes-tu ? Virgil Malloy : 48 ans ?
Danny Ocean : Ai-je l'air d'avoir 48 ans ? Virgil Malloy : 52 ans ?"

Dans la vie "normale", lorsque l'on souhaite rencontrer des amis, on les invite à déjeuner ou à dîner en mettant, le cas échéant, les petits plats dans les grands. Lorsque l'on est cinéaste et que l'on a pris plaisir à tourner un film avec un groupe d'acteurs, on tourne une suite, que l'on ait ou non un scénario qui le justifie. Le dernier opus de Steven Soderbergh, trois ans après le remake Ocean's Eleven qui n'avait déjà rien d'exceptionnel, se justifie, en grande partie, pour un motif identique. Et Warner remet les couverts, d'autant que l'original lui avait rapporté quelques cent millions de dollars de marge brute sur le seul territoire américain. Augmentation du budget d'environ un tiers, nouveaux venus et escapades aux Pays-Bas, en Italie et en France sont programmés. Résultat des courses : un succès de sortie sensiblement équivalent au précédent pour un produit comme on les aime aujourd'hui, sympathique mais sans réelle saveur.
Trois ans après le casse de Las Vegas, Danny Ocean (George Clooney) et ses onze acolytes coulent des jours paisibles et essaient de se faire oublier. Ce qui n'empêche pas le pugnace et tenace Terry Benedict (Andy Garcia), leur ancienne victime, de les retrouver. Il leur laisse deux semaines pour lui rembourser, avec intérêts à taux non préférentiel, les 165M$ subtilisés dans ses coffres. La bande, pour faire face à cette dépense imprévue, organise un nouveau cambriolage et, pour cela, s'envole vers l'Europe. L'entreprise aurait pu n'être qu'une simple formalité pour cette équipe aguerrie si la femme qui conduit l'agence anti-criminelle Europol à Amsterdam n'était autre que Isabel Lahiri (Catherine Zeta-Jones), l'ancienne compagne de Rusty Ryan (Brad Pitt). Pour corser le tout, François Toulour (Vincent Cassel), un français égocentrique défie la bande en mettant au point une opération concurrente.
L'intérêt majeur du film, ce qui fait probablement se déplacer le public, est la qualité du casting et, dans une certaine mesure, la réputation du metteur en scène. A ce dernier propos, remarquons toutefois, au passage, qu'à ce jour, le "palmé" et "oscarisé" Soderbergh n'a pas encore produit une œuvre totalement enthousiasmante. Refermons la parenthèse. L'intérêt mineur, qui donne pourtant un soupçon de piment au film, réside dans l'intéressante idée* (référence à Bob le flambeur ?) du scénariste George Nolfi, auteur du script de la médiocre adaptation du roman de Michael Crichton, Timeline, de faire s'affronter deux bandits pour un même casse. Pour le reste, et hormis la novation Catherine Zeta-Jones, déjà dans Traffic, qui remplace au premier plan Julia Roberts et la prise de pouvoir de Brad Pitt au détriment de George Clooney, rien de bien neuf aux soleils états-unien, batave, italien ou parisien. Une mise en scène soignée, c'est un minimum, une intrigue astucieuse et parfois drôle (notamment grâce à Matt Damon) plus qu'authentiquement captivante, qui prend le temps d'explorer les bas-côtés au détriment de la linéarité, et un équipage de classe internationale**, dont les membres ne pas tous très sollicités (qui a dit "utilités" ?) sont au menu des réjouissances. Nul doute, dans ce cas encore, que le tournage du film ait dû procurer plus de plaisir que son visionnage. Ocean's Twelve est enfin la première incursion à Hollywood de Vincent Cassel. Il a, dit-on, été très apprécié sur place, ce dont, naturellement, nous nous réjouissons. Une dernière chose encore : avec un peu de chance, si la Warner et/ou Soderbergh sont superstitieux, nous éviterons la mise en chantier d'un "Ocean's Thirteen" !
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*destinée initialement à la réalisation d'un film sous la conduite de John Woo.
**auquel certains aimeraient secrètement appartenir, douce illusion qui est peut-être une des clés de l'estime dans laquelle est tenu ce diptyque de monte-en-l'air.

vendredi 17 décembre 2004

Charles Mingus: Live At Montreux


Charles Mingus
Si un terme, souvent galvaudé, ne l'est pas à propos de Charles Mingus c'est celui de génie. Et pourtant, s'il n'avait été qu'un contrebassiste, il est vraisemblable que son nom serait aujourd'hui oublié. Car ce métisse natif de l'Arizona, élevé au son du blues et du gospel dans le quartier de Watts à Los Angeles, est avant tout un compositeur. Il a laissé une oeuvre qui lui ressemble intimement : complexe, bouillonnante et engagée. Comme Oscar Pettiford (Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Duke Ellington) qui l'a influencé, il est violoncelliste classique avant de devenir, à l'âge du collège, contrebassiste de jazz. A début des années 1940, il tourne avec Louis Armstrong puis rejoint le groupe de Lionel Hampton. Dans les années 1950, il a brièvement la possibilité de jouer avec celui qui lui a fait, lorsqu'il était adolescent, découvrir le jazz, Duke Ellington. Ce qui lui donne également l'occasion de devenir le seul musicien viré par le père de "Sophisticated Lady" et de "In a Sentimental Mood".
C'est avec l'album "Pithecanthropus Erectus", sorti en 1956, que Mingus s'affirme comme leader et compositeur, explorant les styles, en particulier le free. Malgré sa disparition des scènes à partir de 1962, les années 1960 (une période difficile sur le plan personnel) et 1970 seront les plus riches de sa carrière, marquée notamment par "Let My Children Hear Music", paru en 1972, un disque qualifié par certains de testament musical.
A noter que John Cassavetes a choisi des œuvres de Mingus pour illustrer la partie non-originale du score de son expérimental Shadows et que le contrebassiste a partiellement composé la musique du méconnu Echoes of Silence de Peter Emmanuel Goldman.

Montreux 1975
A partir de 1969, Charles Mingus fait progressivement son retour sur scène. En 1974, il donne un concert au Carnegie Hall, qui fait l'objet d'un enregistrement, suivi par deux albums, "Changes One" et "Changes Two". L'année suivante, il figure dans l'impressionnante programmation (Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, Count Basie, Archie Shepp, Roland Kirk, Bill Evans) du festival de Montreux installé dans le nouveau casino de la paisible ville au bord du Lac Léman.
Le 20 juillet, le quintette de Mingus reprend, dans des versions rallongées, des titres de ces deux derniers disques auxquels s'ajoutent le classique, splendide et emblématique "Goodbye Pork Pie Hat" et le standard ellingtonien signé Billy Strayhorn, "Take The "A" Train". Pour ces deux morceaux, la formation est rejointe par le saxophoniste baryton Gerry Mulligan et le trompettiste Benny Bailey... ce renfort mettant d'ailleurs un peu de temps à se mettre en place. La captation fait en revanche l'impasse sur le titre "For Harry Carney" qui ouvrait le concert. Enfin, pour l'anecdote, signalons que la composition du quintette apparaît à deux reprises à l'écran... oubliant étrangement à chaque fois l'infortuné batteur Dannie Richmond.

La formation :
Contrebasse : Charles Mingus
Piano : Don Pullen
Batterie : Dannie Richmond
Saxophone ténor, chant : George Adams
Trompette : Jack Walrath
Invités :
Saxophone baryton : Gerry Mulligan
Trompette : Benny Bailey

Les titres :
1. Devil Blues
2. Free Cell Block F, 'Tis Nazi USA
3. Sue's Changes
4. Goodbye Pork Pie Hat
5. Take The "A" Train

jeudi 16 décembre 2004

Al Di Meola: Live At Montreux


Al Di Meola
Parmi les surdoués de la classe de guitare des années 1970-1980 figure, aux côtés de Mike Stern, John McLaughlin, Paco de Lucía, Allan Holdsworth et, last but not least, Jeff Beck, un certain Al Di Meola. En 1974, à dix-neuf ans, il quitte la célèbre Berklee School of Music pour remplacer Bill Connors au sein de la formation de Chick Corea, Return to forever. Au côté du pianiste, du bassiste Stanley Clarke et du batteur Lenny White, il participe à l'enregistrement du quatrième album du groupe, l'un des disques clés du jazz-rock de cette décennie, le fameux "Where Have I Known You Before", paru en septembre 1974. Deux ans plus tard, un peu avant la dissolution du Return, Di Meola choisit de se lancer dans une carrière en solo. Après quatre disques réussis qui closent les années 1970, le guitariste virtuose s'associe à deux illustres camarades explorateurs de manche, John McLaughlin et Paco de Lucía, pour un concert et un album resté dans les annales, "Friday Night in San Francisco". Depuis cette époque, et particulièrement à partir des années 1990, l'ancien fils spirituel de Larry Coryell décide de s'orienter vers une musique plus acoustique, d'inspiration à la fois latine et classique.

Montreux 1986/1993
En 1986, année du vingtième anniversaire (le poster est l'œuvre commune de Keith Haring et Andy Warhol), le festival compose une programmation exceptionnelle. The Neville Brothers, Eric Clapton and Friends (avec Phil Collins), Sade, David Sanborn, Michel Petrucciani, Al Jarreau, George Benson, Miles Davis, Herbie Hancock et George Duke sont à l'affiche. Le 14 juillet, Al Di Meola, après quelques ennuis de bruits parasites en backstage, offre une prestation acoustique en solo comportant, pour l'essentiel, des titres de ses deux précédents albums, "Cielo e Terra" et "Soaring Through a Dream".
En 1993, le festival déménage du Casino au Centre des Congrès et des Expositions et se dote d'une seconde salle toute neuve, l'Auditorium Stravinski. Le 13 juillet, pour son second concert en terre montreusienne, en première partie d'Inner Circle, Di Meola est accompagné du guitariste classique et luthier Chris Carrington et du percussionniste Arto Tuncboyaciyan (Mike Mainieri, Joe Zawinul) avec lequel il forme l'acoustique World Sinfonia Trio.

Les titres :
1986
1. Vertigo Shadow
2. Medley
- Orient Blue Suite
- Passion, Grace & Fire
- Atavism Of Twilight
- Enigma Of Desire
- Cielo E Terra
3. Etude
4. Capoiera
1993
1. Indigo
2. No Mystery
3. Tango Suite''