mercredi 22 avril 2015

Seven Days in May (sept jours en mai)

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"... The enemy's an age - a nuclear age. It happens to have killed man's faith in his ability to influence what happens to him..."

S'ils ont contribué (souvent en sous-main) au renversement de plusieurs gouvernements1 élus démocratiquement en appuyant des coups d'état militaires, les Etats-Unis n'ont jamais connu une menace de ce type et de cette ampleur sur leur propre territoire. Né avec la Guerre froide, le concept d'ennemi intérieur (dont le maccarthysme fut l'une des manifestations "cliniques", idée reformulée/actualisée depuis l'entrée dans le nouveau siècle) concerne en réalité des individus ou des groupes plus ou moins organisés, pas une institution républicaine dont les objectifs sont subordonnés par la Constitution à ceux du pouvoir politique (exécutif et législatif). Le privilège de la fiction, surtout lorsqu'elle est réaliste, tient à sa capacité à examiner (ausculter) l'inenvisageable.
Dans le plus connu des trois ouvrages signés ensemble par l'écrivain  et le journaliste , un général de l'U.S. Air Force fomente un complot contre un Président contesté en raison de sa présumée faiblesse liée à la récente ratification d'un traité de désarmement avec l'Union soviétique. Le livre, édité en 1962 et dont l'action se situait dans un futur proche (mai 1972), s'inspirait objectivement du contexte de l'époque2 ; mais il anticipait aussi, de façon étonnamment prémonitoire à la veille de la paroxysmique crise des missiles de Cuba, sur les négociations relatives à la limitation des armements stratégiques entamées en 19693. Tout juste sorti d'un autre remarquable thriller politique, The Manchurian Candidate considéré à tort ou à raison comme son chef-d'œuvre, John Frankenheimer s'intéresse assez naturellement au roman, associé pour cette occasion4 à , producteur du film à travers son alter ego (depuis Spartacus) Edward Lewis
L'adaptation est judicieusement confiée à Rod Serling (dont la fantastique série emblématique, The Twilight Zone, était sur le point de toucher à sa - première - fin). La maitrise narrative, en particulier celle de la progression dramatique, se profile dès l'introductive, percutante séquence de manifestations opposées devant la Maison Blanche ; elle n'est ensuite jamais contredite. Sous des aspects un peu abrupts voire austères, Seven Days in May atteint parfaitement ses objectifs, cinématographiques et intellectuels. Les véritables vertus patriotiques (légalité, liberté, espoir...) l'emportent en effet ici sur de potentiels vecteurs de chaos (arbitraire, contrainte, défiance). Une représentation évidemment magnifiée (et souvent démentie par la réalité historique ultérieure) fort bien servie par un casting prestigieux (5 au rôle cependant un peu étroit et décevant, Edmond O'Brien récompensé par un second "Golden Globe", ...) et sans faille. Une Semaine printanière à ne manquer sous aucun prétexte !

N.B. :
- l'exploitation du film par la Paramount fut différée en raison de l'assassinat de J.F. Kennedy qui avait, contre l'avis du Pentagone, encouragé la production.
- le film a fait en 1994 l'objet d'un remake, The Enemy Within, téléfilm réalisé par  avec  dans le rôle tenu par Kirk Douglas.
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1. notamment au Guatemala (1954), au Congo (1960), en République dominicaine (1961), au Sud-Vietnam (1963), au Brésil (1964) et au Chili (1973).
2. la démission du général Edwin A. Walker (cité dans le film), anti-communiste virulent, accepté en novembre 1961 par le président J.F. Kennedy, soit au début d'un mandat (janv. 1961-nov. 1963) pourtant marqué par un considérable programme d'armement, l'un des plus massifs lancés hors période de conflit.
3. qui aboutiront aux traités SALT I et ABM (1972) sous l'administration R. Nixon puis SALT II (1979) sous celle de J. Carter.
4. Grand Prix (1966) étant la seconde.
5. déjà partenaire à quatre (sur sept) reprises de . Celui-ci convainquit Frankenheimer de diriger à nouveau  malgré leur brouille consécutive au tournage de leur deuxième film, Birdman of Alcatraz. Le réalisateur et l'acteur (son aîné d'une quinzaine d'années) nouèrent finalement une amitié et collaborèrent sur deux autres films.






lundi 20 avril 2015

Gilda

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"That's what I mean. It's the most curious love-hate pattern I've ever had the privilege of witnessing."

Incontesté chef-d'œuvre de 1 et l'un des sommets de la carrière de 2, Gilda a instantanément figuré parmi les productions emblématiques de la grande période hollywoodienne. Plusieurs éléments ont contribué à son immédiat succès et à sa durable notoriété. A commencer par un scénario original surprenant, en particulier par son caractère résolument (paradoxalement) implicite et contradictoire, remanié puis parachevé en cours de tournage par la productrice Virginia Van Upp3.  Drame romanesque de la passion contrariée, sur fond de casino argentin illégal et de cartel sidérurgique suspect, dont on cerne initialement mal les contours jusqu'à la dynamique et lumineuse apparition (à la 19e minute du métrage) de . Atouts narratifs et esthétiques essentiels formidablement mis en valeur par la réalisation précise et élégante (distinguée serait encore mieux adapté) de , associé pour la troisième et dernière fois au très talentueux cinématographe Rudolph Maté4.
Déjà dirigé par  dans The Lady in Question5, le couple d'acteurs  (de retour de maternité de son premier enfant) et 6 démontre qu'il est, malgré des apparences trompeuses, bien assorti sur tous les plans. On soulignera les solides prestations de  (en ressortissant allemand installé, avant la fin de la guerre, à Buenos Aires), du Maltais  (le sergent de police dans Touch of Evil) et de  (titulaire de seconds rôles chez HitchcockMankiewicz et Nicholas Ray). Sélectionné lors de la toute première édition du Festival de CannesGilda est entré en décembre 2013 (donc tardivement !) au National Film Registry.
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1. le natif austro-hongrois, émigré aux Etats-Unis en 1924, nous a aussi réjoui avec plusieurs de ses films musicaux, nous rappelant qu'il débuta à Broadway... en tant que choriste avant de collaborer à plusieurs studios (MGM en 1932, RKO en 1935, Paramount entre 1936 et 1937) et rejoindre la Columbia de 1939 à 1948.
2. avec The Lady from Shanghai (1947) d' (son deuxième époux). La fille du danseur sévillan Eduardo Cansino avait connu sa première grande réussite - prêtée par la Columbia à la Warner - avec The Strawberry Blonde (février 1941) aux côtés d' avant d'accéder au statut de vedette grâce à You'll Never Get Rich (septembre 1941) dans lequel elle était la partenaire de Fred Astaire (qu'elle retrouvera, l'année suivante, dans You Were Never Lovelier).
3. à partir d'un récit d' et d'un premier traitement de Marion Parsonnet et  (avec la contribution non créditée de Ben Hecht). Initialement scénariste, Virginia Van Upp fut l'un des rares femmes (avec Harriet Parsons et Joan Harrison) sous contrat de productrice d'un grand studio d'Hollywood entre 1943 et 1955.
4. qui a éclairé  à six (7 si l'on compte Professional Soldier où elle apparait sans crédit) reprises entre 1935 et 1947.
5. remake de Gribouille (1937) de  et  avec  et .
6. à nouveau réunis pour The Loves of Carmen (1948) de Charles Vidor, lequel a entre-temps dirigé  dans Cover Girl (1944), Affair in Trinidad (1952) et The Money Trap (1965) où ils partageaient la vedette avec l'Allemande .






vendredi 17 avril 2015

100 Rifles (les cent fusils)

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Tiré par  et Clair Huffaker (co-adaptateur de The Comancheros et auteur de The War Wagon également produit par Marvin Schwartz) de "The Californio", un des romans du quasi inconnu Robert MacLeod1, ce bien quelconque southern doit sa modeste réputation à la présence essentiellement décorative de , à l'affiche de Bandolero! un peu moins d'un an plus tôt. Un argument sans doute suffisant, en cette fin des années 1960, pour convaincre la Fox de se lancer dans une si oiseuse production. Et, a posteriori, un vrai motif de contrariété pour les spectateurs positivement surpris par Will Penny, le précédent film écrit et réalisé par , surtout employé par la télévision entre 1955 et 1967.
La profonde indigence du scénario, la flagrante et maladroite inconsistance de la direction se traduisant chez la plupart d'entre eux par une pénible impression de longueur supérieure à la durée réelle (presque deux heures) du métrage. Même le score "patchworké" de Jerry Goldsmith détonne au milieu de ses partitions en général plus inspirées (le compositeur venait notamment de signer celle, innovante et formidable, de Planet of the Apes). En matière de médiocrité, le casting masculin n'est enfin pas de reste, emmené par l'Afro-américain  (titulaire d'un fort second rôle dans The Dirty Dozen et futur partenaire de Lee Van Cleef à trois reprises) et , duo bigarré soutenu (si l'on peut dire !) par l'Argentin 2 et le natif irlandais 3.
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1. auquel on doit aussi le livre à l'origine de The Appaloosa (1966) de .
2. le troisième époux d' offrait à la MGM une habituelle alternative sud-américaine au Mexicain Ricardo Montalban, plus actif et connu.
3. interprète du rôle-titre dans Robinson Crusoe de .