mardi 24 novembre 2009

Public Enemies


"Il faut lâcher prise."

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Les trente actuelles années de la carrière(1), en tant que réalisateur, de Michael Mann sont dominées, au moins en nombre (sept sur douze), par des polars. Il n'était donc pas surprenant de le voir ajouter, en 2004, à la liste de ses nombreux projets ce biopic consacré à l'un des gangsters les plus emblématiques de la Grande dépression aux Etats-Unis. Malgré la richesse de la période en personnages de "fort calibre", à figure plus ou moins patibulaire, et l'existence de plusieurs précédents films(2) sur le célèbre voleur de banques du Midwest, c'est à nouveau la partie dédiée à John Herbert Dillinger, abattu neuf ans avant la naissance du cinéaste également à Chicago, qui était extraite de l'essai de Bryan Burrough(3) pour être portée à l'écran. Johnny Depp, dirigé pour la première fois par Mann, y reprend le rôle tenu avant lui notamment par Lawrence Tierney. Succès commercial indéniable(4), Public Enemies ne convainc pourtant qu'à moitié.
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1933, Indiana State Prison. Escorté à l'intérieur du pénitencier, John Dillinger y organise presque aussitôt l'évasion à main armée de son mentor et ami Walter Dietrich ainsi que de plusieurs de leurs complices. Le meurtre de deux policiers déclenche une fusillade au cours de laquelle Dietrich est mortellement touché. Dillinger doit l'abandonner sur la route, déclenchant sa fureur vis-à-vis d'Ed Shouse, responsable des tirs. Le gang se rend peu après à Chicago pour y attaquer une banque. Melvin Purvis, qui vient d'abattre 'Pretty Boy' Floyd, est nommé par le directeur du Bureau of Investigation John E. Hoover à la tête de l'agence de Chicago avec Dillinger comme objectif prioritaire. Celui-ci rencontre et s'éprend de Billie Frechette, aperçue au cours d'un dîner dans un restaurant. Une tentative d'arrestation organisée par Purvis est bientôt marquée par le meurtre de l'un de ses jeunes collaborateurs, Barton, tué par 'Baby Face' Nelson. Lorsqu'une nouvelle banque est dévalisée, Purvis réclame et obtient de la part d'Hoover l'arrivée de trois ex-marshals du Texas et de l'Oklahoma parmi lesquels Charles Winstead.
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Longue et belle, quoique parfois infidèle, reconstitution de la dernière année de John Dillinger, Public Enemies laisse cependant une impression mitigée. Si la direction artistique, la photographie de Dante Spinotti et la réalisation de Michael Mann apparaissent hautement louables, cette maîtrise technique et formelle semble contribuer à refroidir, à étouffer une narration elle-même un peu schématique et répétitive. Les antécédents, les motivations et donc la psychologie, à l'exception de la brutalité, des deux principaux antagonistes ne sont jamais vraiment développés, la romance (littéralement accessoirisée) entre Dillinger et Frechette n'apportant d'ailleurs, de ce point de vue, aucun éclairage significatif. La création du FBI, issu de la Division of Investigation (DOI, Département de la justice) est, en outre, également traitée sur un mode anecdotique. Cantonné à un rôle de mécanique exécutant au service de John Edgar Hoover, Christian Bale éprouve quelques difficultés à résister à la caricature. Visiblement plus à l'aise, Johnny Depp parvient de son côté à nuancer et à humaniser son interprétation. Honorable film de gangster, Public Enemies ne peut toutefois rivaliser avec les références du genre, Gun Crazy, They Live by Night ou Bonnie and Clyde.
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1. avec pour point de départ le téléfilm The Jericho Mile, quarante si l'on tient compte de son tout premier film.
3. "Public Enemies: America's Greatest Crime Wave and the Birth of the FBI, 1933–34", ouvrage qui devait initialement donner lieu à une mini-série diffusée par HBO en association avec Robert De Niro. Les droits d'adaptation ont ensuite été acquis par Michael Mann et Leonardo DiCaprio, lequel marqua son intérêt à tenir le rôle de J. Dilliger avant d'abandonner le projet au profit de Shutter Island.
4. doté d'un budget d'environ 100M$, le film a enregistré des recettes totales de près de 196M$, dont la moitié aux Etats-Unis, soit bien supérieures à celles de Miami Vice et proches de Collateral.

samedi 21 novembre 2009

The Woman in the Window (la femme au portrait)


"... We see what happens to middle-aged men who try acting like colts."

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Sorti un peu plus de quinze jours seulement après Ministry of Fear, The Woman in the Window est adapté d'un roman(1) de J.H. Wallis et produit par Nunnally Johnson, ancien journaliste et ex-scénariste (notamment de The Grapes of Wrath) à la Fox. A l'incertaine intersection entre polar et drame psychologique, sorte d'anti-The Postman Always Rings Twice avant l'heure, ce dixième film de la période étasunienne de Fritz Lang constitue assurément à la fois l'un des meilleurs opus et une nouvelle étape de cette partie de la carrière du cinéaste. Une notoriété également liée au talent inestimable d'Edward G. Robinson, aussi éloquent sous la direction de Curtiz, Wilder ou, bientôt, Welles, Huston et Mankiewicz.
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Maître-assistant en criminologie à l'université, Richard Wanley retrouve à leur club ses deux vieux amis après avoir accompagné sa petite famille au train. Le procureur Frank Lalor et le chirurgien Michael Barkstane se moquent gentiment de lui en le trouvant en admiration devant le portrait d'une femme placé derrière la vitrine voisine. Puis lorsque le professeur annonce sa perte de goût pour les sorties et aventures nocturnes, y compris galantes, d'autant qu'il doit assurer un cours le lendemain matin. Lorsque le serveur le sort comme convenu de sa lecture à vingt-deux heures trente, Wanley s'apprête à regagner paisiblement son domicile. Il s'attarde cependant encore une fois devant le portrait et voit alors apparaître à côté du visage peint celui, identique, d'une jeune femme, le modèle du peintre. Après un verre, cette dernière propose de lui montrer chez elle des esquisses du même artiste. Mais juste avant l'ouverture d'une seconde bouteille de champagne, l'amant occasionnel de l'inconnue entre dans l'appartement, et furieux de la présence d'un autre homme, entreprend d'étrangler Wanley. Celui-ci ne doit son salut qu'à la paire de ciseaux transmise par la jeune femme avec laquelle il frappe mortellement son agresseur. Sur le point d'appeler la police au téléphone, Wanley y renonce finalement et convient avec sa complice de se débarrasser du corps.
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"If you'd confess, Professor, we could wrap this whole case up before noon." Tourné entre avril et juin 1944, The Woman in the Window décrit avec un brio inusité les affres de la culpabilité, d'autant plus vive que la légitimité du crime ne peut, a priori, pas être contestée. Et, surtout, que son auteur est invité à devenir un témoin privilégié... de sa résolution. Difficile de ne pas éprouver de l'empathie pour ce quinquagénaire poussé malgré lui à réveiller (en tout bien, tout honneur) "l'homme mort" qui sommeille en lui puis tenter de sortir du cauchemar qu'il a provoqué par son inconséquence. Le scénario et les dialogues de Nunnally Johnson(2) sont très aboutis ; la direction méticuleuse de Lang** n'appelle que les louanges. Les évidentes inflexions (incohérences et/ou coïncidences) narratives qu'apporte sciemment le cinéaste au récit originel prennent évidemment tout leur sens à la "lecture" du surprenant final qu'il a décidé de donner au film. Proches sur de nombreux points, The Woman in the Window(3) constitue aussi et enfin la figure symétrique de Scarlet Street qui lui succède.
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1. initialement intitulé "Once Off Guard".
2. collaborateurs non crédités du Moontide d'Archie Mayo.
3. dans le sillon duquel s'inscriront moins brillamment Human Desire du même réalisateur et Black Widow de Nunnally Johnson.