jeudi 12 janvier 2006

Muse: Absolution Tour


"Your hard times are ahead." (in "Butterflies & Hurricanes")

Muse
Dans la perspective de cette chronique, j'ai tenté de joindre la célèbre Euterpe pour l'interroger à propos de Muse, mais son répondeur m'a informé de sa mise en retraite anticipée. En effet, si le nom du groupe anglais ne m'était pas inconnu, ses œuvres l'étaient en revanche totalement. Et pour une découverte, la surprise est plutôt bonne.
Les trois membres de Muse jouent ensemble depuis l'âge de treize ans, d'abord sous le nom de "Gothic Plague" (tout un programme !). C'est en 1997, après de multiples changements, qu'ils adoptent enfin la dénomination actuelle. Leur premier album, "Showbiz", sort deux ans plus tard et devient un succès, renforcé par la tournée de dix-huit mois, notamment en première partie de Red Hot Chili Peppers et de Foo Fighters. Plusieurs titres de leur deuxième production, "Origin of Symmetry", parue en 2001, entrent dans le Top ten britannique, en particulier "Hyper Music", "Plug-In Baby" ou la reprise d'un classique de Nina Simone, "Feeling Good". "New Born" est également repris dans la bande originale de Swordfish.
"Absolution", sorti en septembre 2003, confirme la valeur de ce trio particulièrement efficace sur scène que l'on a pu voir ces deux dernières années en France. Muse réalise une sorte de synthèse du meilleur du (hard) rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par Hendrix, n'hésitant pas à intégrer à sa musique des tonalités empruntées à la musique classique, voire l'adoption d'un thème d'un concerto de Rachmaninov.

Absolution Tour
Dédiée à la mémoire du père du batteur du groupe, décédé peu après ce concert de la tournée de promotion du dernier album, cette captation a été réalisée le 27 juin 2004 dans le cadre du festival de Glastonbury (Somerset), cité où le roi Arthur et sa compagne Guenièvre sont présumés être enterrés. Si la durée de la prestation peut paraître légèrement courte (envir. une heure), cet aspect est compensé par sa qualité et l'énergie déployée par les trois membres de Muse. Les titres d'"Absolution" sont bien évidemment majoritaires (sept sur douze), notamment le fameux "Butterflies & Hurricanes".
Le programme est complété par deux autres témoignages de la tournée, ainsi que par deux courts documentaires, le premier avant et le second après une prestation en public aux Etats-Unis, permettant, dans ce dernier cas, à un heureux spectateur (?) de réaliser une bonne affaire !

Le groupe :
Chant, guitare, clavier : Matthew Bellamy
Basse, clavier, chant : Chris Wolstenhome
Batterie : Dominic Howard

Les titres :
1. Hysteria
2. New Born
3. Sing For Absolution
4. Muscle Museum
5. Apocalypse Please
6. Ruled By Secrecy
7. Sunburn
8. Butterflies & Hurricanes
9. Bliss
10. Time Is Running Out
11. Plug In Baby
12. Blackout

Extras :
1. Fury (Wiltern Theatre, Los Angeles - 2004)
2. The Small Print (Earl's Court, Londres - 2004)
3. Stockholm Syndrome (id.)
4. The Groove In The States
- Top Cats (Cincinnati - 2004)
- Brick By Brick (San Diego)

Concealed X-tras :
1. Thoughts Of A Dying Atheist (Wembley Arena, Londres - 2003)
2. Endlessly (id.)

Da hong deng long gao gao gua (épouses et concubines)


"Qui peut prévoir la fin du jeu ?"

Le troisième film de Zhang Yimou, le dernier de la trilogie entamée en 1987 avec Hong gao liang, est une œuvre magnifique à plusieurs titres. D'abord par la qualité de son scénario, tiré de la première d'un recueil de trois nouvelles du jeune auteur Su Tong, ensuite par sa grande beauté visuelle et par la pertinence de la représentation symbolique qu'il donnait de la Chine... au point d'y avoir été interdit jusqu'à la production du film suivant, Huozhe, plus conforme à la "ligne politique" du pays à cette époque. L'Occident ne s'y est pas trompé, Da hong deng long gao gao gua étant sélectionné à la Mostra de Venise 1991 et y recevant l'un des trois "Lions d'argent" décernés au cours de cette édition. Le film était, l'année suivante, sélectionné aux Academy Awards dans la catégorie "meilleur film étranger"*.
La Chine du Nord dans les années 1920 ou 1930. Originaire de Fengcheng, Songlian vient d'avoir dix-neuf ans. Orpheline d'un père commerçant ayant fait faillite, elle doit interrompre ses études et accepter la proposition de sa belle-mère de prendre un mari. Plutôt que d'être l'unique épouse d'un homme pauvre, elle préfère devenir la quatrième concubine du riche et âgé maître Chen Zuoquian. Arrivée dans la demeure de ce dernier, elle fait la connaissance de ses "grandes sœurs", Yuru, Zhuoyun et Meishan. La première a donné un fils, Feipu à son mari mais elle est aujourd'hui délaissée à cause de son âge. La deuxième, souriante et accueillante, n'a pu avoir qu'une fille, Yizhen. La troisième, une jeune et capricieuse ex-cantatrice d'opéra, a elle aussi eu un garçon, Feilan.
La jeune servante Yan'er, à laquelle le maître accorde parfois ses faveurs et qui rêvait, malgré son statut, de devenir concubine, entre au service de la nouvelle venue qu'elle déteste d'emblée. Les quatre femmes, entourées de tous les soins mais réduites au plus complet désœuvrement, deviennent rivales. La tradition et les rites familiaux ancestraux désignent, chaque jour, la concubine qui partagera la couche de Chen et son pavillon au sein de la résidence est alors éclairé de multiple lanternes rouges. Elle devient ainsi, provisoirement, la vraie maîtresse des lieux. De nouvelles intrigues de pouvoir vont rapidement naître et s'intensifier.
Tragédie en trois actes (et autant de saisons), avec préambule et épilogue, Da hong deng long gao gao gua est un étouffant huis clos, situé dans un univers quasiment carcéral (à l'architecture sans cesse soulignée) "objectivement dominé" par les femmes mais dont seul peut s'extraire maître Chen Zuoquian**, l'énigmatique personnage central dont on ne voit jamais vraiment distinctement le visage. En ce sens, ce premier film chinois produit par des capitaux taïwanais est une puissante métaphore de l'Empire du milieu, de ses paradoxes (persistance des archaïsmes hérités de la féodalité, du culte de la personnalité avec l'impératif collectif socialiste) et perversions. Cette remarquable peinture d'un drame au féminin, d'une déchéance de la raison, d'autant plus terrifiants qu'ils sont admirablement bien photographiés, montre de manière percutante l'influence d'un système, destiné a priori à donner du sens et une cohérence, sur l'intelligence, se traduisant notamment par la perte d'humanité. Songlian est le symbole vivant de cette "lumière progressivement étouffée" en l'Homme, et pas seulement dans les régimes totalitaires. Avec sa mise en scène d'une grande sobriété, soulignant d'autant mieux la qualité de l'interprétation, toute en nuances, et la beauté des costumes et des décors, Da hong... est une œuvre forte, à la saveur persistante.
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*Berlin avait récompensé Hong gao liang en 1988 et Cannes sélectionné Ju Dou deux ans plus tard.
**ou un être à l'article de la mort.

lundi 9 janvier 2006

Ripley's Game


"... Mais surtout parce cela est un jeu."

Liliana Cavani nous propose, avec Ripley's Game, une nouvelle adaptation cinématographique du troisième des cinq romans signés Patricia Highsmith, paru en 1974, mettant en scène le "fameux" Tom Ripley. Tout le monde, ou presque, se souvient de l'interprétation qu'en donnait Alain Delon dans Plein soleil de René Clément, rôle repris par Matt Damon dans la version d'Anthony Minghella sortie en 1999. Ici, après Dennis Hopper dans Der Amerikanische Freund tiré du même ouvrage, c'est l'excellent John Malkovich qui incarne l'énigmatique meurtrier. Présenté hors compétition à la Mostra de Venise 2002, le film n'a, étrangement, pas eu les honneurs d'une exploitation dans les salles françaises. Compte tenu de ses qualités réelles, il le méritait pourtant et l'édition vidéo vient partiellement réparer cette injustice.
Tom Ripley est un amateur d'art dont les compétences ne sont pas reconnues à sa juste valeur. Et comme il est susceptible, il est capable de tuer s'il se sent insulté. Il vit, grâce à une vieille mais lucrative affaire de faux dessins de maîtres, dans un somptueux palais italien de la région de Trévise avec sa compagne, la claveciniste et concertiste Luisa Harari. Lorsque son vieil "associé" Reeves lui demande de liquider, contre rémunération, un concurrent gênant à Berlin, Ripley refuse mais lui glisse le nom de Jonathan Trevanny, simple et innocent encadreur de la ville. Celui-ci, qui n'a publiquement pas une haute opinion de son riche voisin, est gravement malade et sa situation ne lui permet pas de faire vivre convenablement sa petite famille. Après avoir catégoriquement refusé l'offre de Reeves, puis hésité, Trevanny finit par accepter de tuer, pour cent mille dollars, cet homme appartenant à la mafia russe.
Polar, thriller ? Plutôt drame dans la mesure où le rythme est assez lent. Mais la tension est nettement présente après le premiers tiers du métrage. La psychologie du personnage-titre et sa violence sous-jacente est pourtant, d'emblée, soulignée par l'inattendue conclusion de la scène pré-générique. Sans atteindre le niveau du film de René Clément, bien servi notamment par son duo d'acteurs masculins, Ripley's Game est probablement l'adaptation la plus fidèle à l'esprit de l'auteur. Peut-être parce qu'il est dirigé par une femme, et, même si elle se fait rare au cinéma, pas n'importe laquelle. Celle qui avait intelligemment choisi Dominique Sanda pour être sa Lou Andreas-Salomé dans Al di là del bene e del male trouve en John Malkovich un interprète idéal en Ripley mature. L'acteur américain, fortement influencé par la culture européenne, apporte tout le flegme et toute l'ambiguïté (également homosexuelle ?) susceptibles de rendre son personnage à la fois rassurant et inquiétant, en un mot intéressant, voire subtil. La finesse du scénario, qui rend bien le caractère maléfique de l'intrigue et ménage quelques respirations humoristiques, est de laisser quelques questions en suspens au terme du film et de donner aux femmes, malgré leur faible occupation de l'écran, un rôle plus important qu'une lecture un peu trop rapide le laisserait penser. Soulignons enfin la qualité de la composition de Morricone, efficace à défaut d'être très typée (ce qui n'est pas toujours une qualité !)

Breaking Dawn


"Les ailes sont dans la lecture."

Eve, une jeune étudiante en médecine, doit, à titre probatoire, effectuer un stage de six semaines dans l'hôpital de Cape State. Cet établissement abrite une population de malades psychotiques qui sont, selon le docteur Simon chargé d'encadrer les stagiaires, autant de cas d'école. Le patient affecté à Eve est particulièrement délicat. Il s'agit de Don Wake, enfermé dans un mutisme lié à un choc traumatique et soupçonné du meurtre d'une femme. Avec difficulté, la jeune femme essaie d'entrer en communication avec lui. Lorsqu'elle y arrive enfin, elle a le sentiment très net de subir progressivement l'ascendant de son interlocuteur et commence à partager ses obsessions, dominées par la menace d'un complot organisé au sein de l'hôpital et par la figure inquiétante d'un personnage dénommé Malachi.
Pour ses débuts en tant que réalisateur et scénariste, le jeune Mark Edwin Robinson a donc choisi un genre délicat, codifié et dominé par plusieurs références incontournables, le thriller psychologique. Breaking Dawn, présenté au Hollywood Film Festival en octobre 2004 mais absent du circuit classique de diffusion en salles, est caractéristique d'une première œuvre. Sans le rendre déplaisant, les maladresses dominent, en effet, assez largement les quelques bonnes idées que recèle le film. Bien que celui-ci distille quelques réels moments de tension, sa phase initiale d'exposition est un peu longue, notamment à cause des lassants motifs de répétition et des interventions (pathétiques) de l'amoureux Ted. Le script a également trop tendance à multiplier inutilement les fausses pistes. La chute est, en outre, un peu décevante rapportée à l'imaginaire fantasmagorique déployé jusque là. La comparaison avec The Butterfly Effect par exemple, qui lui est contemporain et écrit et réalisé, comme lui, par de(ux) jeunes cinéastes, lui est plutôt défavorable. Des deux (trois avec le Rubick's Cube !) acteurs principaux, c'est James Haven (le fils de Jon Voight) qui s'en sort le mieux, rendant son personnage de présumé dément assez crédible.

Net Keeper


Arman Rubick, un opérateur de la firme e-net communications, termine une conversion par chat à propos d'Isaac Asimov lorsqu'il reçoit, par mail, un fichier intitulé "NetKeeper" joint à un appel au secours provenant d'une certaine Sandra Cassius. Sur le document en question, Rubick voit distinctement la femme être abattue par un inconnu.
Une amusante (ou, au choix, inquiétante) illustration fantasmée des dangers du Web, à mi chemin entre The Ring et Matrix (durée : 6'50)