lundi 9 juin 2014

Brigham Young

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"This is the place."

Quelles étaient donc les motivations de Darryl F. Zanuck, patron de la Fox, pour produire une telle fresque biographique ? Cela reste incertain. L'origine et l'histoire de cet exode de la communauté mormones entre l'Illinois et l'Utah (1846-1847) présente évidemment une utilité narrative. Mais religion et cinéma font rarement bon ménage, au moins sur le plan commercial. Il n'est pas sûr non plus que Brigham Young* ait connu le succès à Salt Lake City où il a été diffusé en première. D'autant qu'il finit par suivre assez vite les canons du classique film de Conquête de l'Ouest. , désigné pour le diriger, ne montrait d'ailleurs pas beaucoup d'enthousiasme à l'idée de cette réquisition. Le caractère hagiographique du scénario de auteur de The Rains Came, et de  (Young Mr. LincolnThe Ox-Bow IncidentYellow Sky...), le manque de distanciation réflexive handicapent le récit. La première partie avec , sombre et forte, demeure assurément la plus intéressante et réussie. Une intensité qui s'émousse de manière significative au cours des suivantes. Autre faille : le confus embarras concernant le personnage principal ; objectivement tenu par ** dans le rôle-titre, position contredite par la tête d'affiche occupée par  pourtant titulaire d'un personnage secondaire d'une sous-intrigue romantique. L'emplacement et la solidité des autres acteurs de soutien () ne font enfin aucun doute.
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*parfois intitulé "L'Odyssée des mormons" en français.
**baptisé mormon trente-deux ans plus tard.



A Time for Killing (la poursuite des tuniques bleues)

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"Bentley would kill Bentley."

Cette réplique pourrait traduire, à elle seule, la complète inconsistance de ce film, le dernier produit par Harry Joe Brown*. Tiré par Halsted Welles** du roman "The Southern Blade" signé en 1961 par le couple  et , ce western situé à la toute fin de la guerre de Sécession ferait presque rire s'il n'était si atterrant, pathétique. Evasion, prise en otage de l'épouse de l'officier ennemi et course poursuite dépassent en effet ici le simple stade du convenu pour sombrer dans un grotesque consommé. Production Columbia (d'abord distribuée en Europe, crainte de l'échec aux Etats-Unis ?) initialement co-financée et dirigée par  (remplacé à la réalisation, au bout de quelques jours de tournage, par )A Time for Killing oppose sans conviction, autour d' à son cadet  (dans leur unique rencontre à l'écran). Les prestations se révèlent au moins aussi pauvres que le scénario aux accents parfois vainement humoristiques (à travers les personnages de poules mouillées tenus par  et ). Le véritable facteur comique étant plutôt apporté par le score de Mundell Lowe totalement inapproprié. Seul élément de curiosité du film : la présence en soutien (sic !) d' et la brève apparition, au début du métrage, d' dans son premier rôle crédité.
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*bien plus inspiré lorsqu'il s'agissait, par ex., de promouvoir le Captain Blood de  pour la Warner !
**au parcours surtout télévisuel même s'il avait notamment adapté 3:10 to Yuma, déjà avec .



vendredi 6 juin 2014

Da uomo a uomo (la mort était au rendez-vous)

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L'estampille "western italien" avec  et une musique d'Ennio Morricone ne suffit pas forcément à faire un bon film. Ce Da uomo a uomo l'atteste de manière patente. Collaborateur de Pietro Germi puis de  (notamment pour son récent et remarquable Il Buono, il brutto, il cattivo.) mais ici livré à lui-même, le scénariste  rend une copie médiocre, voire absurde et indigeste. La réalisation maniérée du Romain * n'arrange rien à l'affaire, bien au contraire. Pas davantage de réconciliation grâce à la prestation dans un premier rôle de ** ou au score de Morricone, l'un des plus insipides de sa fertile carrière. Seul fugitif intérêt du film : les paysages désertiques andalous dans lesquels il a été tourné. Pauvre, non ?
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*qui va également commettre Tepepa avec  et .
**partenaire la même année de  et  (qu'il retrouvera bientôt dans Barbarella) dans l'adaptation dramatique Hurry Sundown de .

The Comancheros (les comancheros)

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"Mon-sewer, words are what men live by... words they say and mean." 

La longue et éclectique carrière de 1 s'achève donc avec ce western adapté du roman éponyme publié en 1952 par Paul Iselin Wellman (ApacheJubal...). Produit pour la Fox par le réalisateur George ShermanThe Comancheros hésite sans cesse entre aventure, comédie et buddy movie. Le scénario co-signé par  (HondoThe Alamo) et  (The War Wagon) apparaît d'ailleurs assez décousu, parfois presque incohérent.  avait déjà dirigé  à deux reprises2. C'est en revanche la première et seule fois que celui-ci fait équipe avec 3 remarqué la même année dans The Mark (aux côtés de  et ). L'association surprend d'abord, mais le contraste typologique se révèle ensuite plutôt payant.  (une des trois meilleures espoirs féminines désignées par les Golden Globes 1961) et  tiennent les principaux seconds rôles avec la participation circonscrite de  et les apparitions de  et de  (le second fils né du premier mariage de ). Plaisant, sans plus !
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1. débutée en Hongrie et riche de plus de cent soixante réalisations. Malade pendant le tournage,  a été plusieurs fois remplacé par .
2. une première fois en 1928 comme simple figurant (dans le drame biblique ) puis dans la comédie dramatique Trouble Along the Way, tous deux produits par la Warner.
3. l'auteur souhaitait voir Cary Grant tenir le personnage de Paul Regret. Au moment du tournage, l'acteur était trop âgé pour le rôle et sans doute peu enclin à laisser la tête d'affiche à . Ce dernier avait auparavant co-produit deux films dans lesquels apparaissait  (Seven Men from Now et China Doll) ; ils feront ensuite partie du casting de The Longest Day sorti l'année suivante.


mardi 3 juin 2014

My Darling Clementine (la poursuite infernale)

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"Wyatt Earp: Mac, you ever been in love?
Mac: No, I've been a bartender all me life."

 racontait, à propos de My Darling Clementine, avoir rencontré Wyatt Earp à l'époque où il était assistant-accessoiriste à Hollywood. Cela n'a, semble-t-il, pas eu de forte incidence sur la véracité historique de ce film. Le seul scénario signé par le duo Samuel G. Engel-Winston Miller est, il est vrai, tiré du très fictionnel roman "Wyatt Earp Frontier Marshal"* publié en 1931 par Stuart N. Lake. L'authenticité ne constituait vraisemblablement pas la motivation première du cinéaste. Ce qui l'intéresse, à travers ce récit devenu légendaire, c'est une nouvelle fois l'opposition, la transition dialectique entre anomie-sauvagerie et ordre-civilisation.  paraît également s'amuser volontiers du caractère duel du récit, traditionnelle histoire de vengeance où s'immisce, subrepticement, une vague intrigue romantique (laquelle lui donne d'ailleurs son titre original - pas l'imbécile version française ! - et contribue ainsi au déroutement provisoire du spectateur).
My Darling Clementine avait, dès 1946, tous les attributs d'un formidable classique du western et du cinéma. Interdiction absolue, même si l'on a vu Stagecoach (que l'on diffusait à mon époque dans les collèges), de rater cette excursion dans l'Arizona et l'Utah (avec un détour par le cinégénique Devil's Tower, Wyoming) remarquablement photographiée (le premier de trois films du réalisateur) par Joseph MacDonald. Tous juste démobilisé, l'excellent  entraine de sa singulière démarche un très solide casting constitué notamment du convaincant ** (dans l'unique rencontre à l'écran avec ) (Jeanne Crain devait initialement tenir le rôle de Clementine Carter) ou encore My Darling Clementine est entré en 1991 (soit deux ans après , quatre ans avant le déjà cité Stagecoach) au National Film Registry.
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*déjà à l'origine du Frontier Marshal de  avec  dans le rôle principal et de la version homonyme adaptée par Sam Hellman et dirigée par  avec  (en revanche pas du Gunfight at the O.K. Corral de  avec Burt Lancaster et ).
**Darryl F. Zanuck, patron de la Fox, souhaitait voir James Stewart en John 'Doc' Holliday, choix rejeté par  (Vincent Price a un moment été pressenti).

Captain Phillips (capitaine phillips)

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"... You're not just a fisherman!"

Depuis 2005, les bateaux, commerciaux ou personnels, naviguant le long de la "Corne de l'Afrique"1 se trouv(ai)ent régulièrement menacés par des pirates-rançonneurs d'origine somalienne. La redoutable expérience vécue par le capitaine  lors de l'abordage du porte-conteneurs "MV Maersk Alabama" qu'il commandait et de la prise d'otages consécutive (8 au 12 avril 2009) relatée dans un livre2 paru un an plus tard a inspiré ce thriller maritime co-produit notamment par Scott Rudin et Michael Bronner pour Sony-Columbia3. Après le réussi Kapringen du Danois  développé l'année précédente à partir d'une trame comparable, Captain Phillips joue résolument la carte de la tension dramatique et de l'action.  (co-scénariste notamment de Flightplan et ) concentre son scénario sur l'exposition concrète des événements, en particulier les traductions opposées au sein des deux groupes en présence (solidarité de l'équipage, rivalités parmi les assaillants). Sans doute au détriment des enjeux profonds et de la singularité de la situation, même si le choc frontal de deux "mondes" très dissemblables sous de nombreux aspects influe sur le script. A la manœuvre, l'Anglais  démontre être aussi à l'aise sur mer que sur terre ou dans les airs. Associé une nouvelle fois au directeur de la photographie Barry Ackroyd et au monteur Christopher Rouse, sa réalisation conjugue efficacité et rythme. Peu coutumier du pur thriller ne déçoit pas (spécialement pendant la séquence finale) face à l'étonnant débutant  récompensé aux BAFTA. Un film plutôt convaincant donc, pas seulement sur le plan commercial4, sauf évidemment pour les plus blasés des cinéphiles ou critiques !
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1. sur une zone de plus en plus vaste allant du Golfe d'Oman au large de la Tanzanie et des côtes septentrionales de Madagascar.
2. "A Captain's Duty: Somali Pirates, Navy SEALS, and Dangerous Days at Sea" co-signé par Stephan Talty.
3. après quatre films sous pavillon Universal.
4. près de 219M$ de recettes mondiales (pour un budget d'environ 55M$), dont 107M$ aux Etats-Unis (troisième plus grand succès de  après les deux volets de la trilogie Bourne). Le film était nommé dans quatre catégories des derniers "Golden Globes", six fois aux Academy Awards.



jeudi 29 mai 2014

The Doobie Brothers: Let the Music Play, the story of the Doobie Brothers

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The Doobie Brothers
Le groupe se forme, de manière encore informelle, suite à la rencontre en 1970 entre le batteur John Hartman et le chanteur, guitariste et compositeur Tom Johnston. Le bassiste Dave Shogren (remplacé l'année suivante par Tiran Porter) et Patrick Simmons (également chanteur, guitariste et compositeur) complètent la formation initiale. Après un premier album, The Doobie Brothers s'adjoint un second batteur, Michael Hossack (remplacé en 1973 par Keith Knudsen). Cette configuration insolite contribue au particularisme du groupe (trois chanteurs, complémentarité du jeu rythmique accentué de Johnston avec celui en picking de Simmons). Renforcé par l'arrivée, en 1974, de Jeff 'Skunk' Baxter, ex-guitariste de Steely Dan.
Disques* et tournées s'enchainent presque sans répit. Au cours de celle consécutive au cinquième album, le groupe doit pallier la défaillance de Johnston, faisant appel à Michael McDonald, surtout connu à l'époque pour ses collaborations studio avec Steely Dan. Le bariton et claviériste natif de St. Louis convainc d'abord par ses remarquables qualités vocales puis, assez vite, par son talent de composition. C'est d'ailleurs son "Takin' It to the Streets" qui donnera son titre à l'album suivant. L'influence croissante qu'il exerce modifie significativement le style, la sophistication et donc la perception du groupe. Son succès commercial également puisque "Minute by Minute" (déc. 1978) se retrouve bientôt classé n°1 aux charts US puis récompensé par les "Grammys" 1980 du disque et de la chanson ("What a Fool Believes" co-signée avec Kenny Loggins) de l'année.
Le neuvième album, "One Step Closer", ne sort que près de deux ans plus tard. Hartman n'y participe pas, Baxter a cédé la place à John McFee et un nouveau musicien, Cornelius Bumpus, y joue du saxophone et de l'orgue. Porter quitte le groupe après l'enregistrement dans un climat marqué par l'épuisement et les dissensions. Fin 1981, l'annonce du départ de Patrick Simmons, ultime membre originel, scelle la séparation des Doobie Brothers après une tournée d'adieu. A partir de 1987, plusieurs reformations se concrétisent pour des concerts souvent à caractère caritatif accompagnées, entre 1989 et 2010, de quatre nouveaux disques.

Let the Music Play
Ce documentaire, produit en novembre 2012, s'appuie pour l'essentiel sur les témoignages de plusieurs membres du groupe (Patrick Simmons, Tom Johnston, Tiran Porter, Michael McDonald...), du manager Bruce Cohn et du producteur Ted Templeman, illustrés par des extraits de concerts et divers documents d'archives publics ou personnels. L'objectivité demeure donc assez relative, l'absence de recul critique, voire même artistique, constituant l'une des principales faiblesses de ce récit "autorisé". On regrette aussi qu'aucune mise en perspective ne soit véritablement opérée, en particulier à l'égard de leurs influences, d'autres grands groupes californiens de cette époque (Jefferson Airplane, Hot Tuna, Grateful Dead...) et ultérieurs (Eagles, Toto...).
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*"Toulouse Street" (juil. 1972 included "Listen to the Music"), "The Captain and Me (mars 1973 incl. "Long Train Runnin'"), "What Were Once Vices Are Now Habits" (févr. 1974 incl. "Black Water"), "Stampede" (avril 1975).