dimanche 18 janvier 2009

Hallam Foe (my name is hallam foe)


"Une habitude peu édifiante ?"

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Le Britannique David Mackenzie prendrait-il goût aux adaptations ? Hallam Foe, tiré du premier roman de son compatriote et ami Peter Jinks, constitue en effet, après Young Adam et le décevant Asylum, sa troisième réalisation consécutive de ce genre. Produit par l'Ecossaise Gillian Berrie, collaboratrice des cinéastes danois Susanne Bier et Lars von Trier notamment, avec laquelle il a signé un de ses premiers films et son premier long métrage, ce drame familial et sensible (plus que sentimental) se montre tout à la fois surprenant et réellement attachant. Présenté en compétition à la 57e Berlinale, Hallam Foe a obtenu depuis plusieurs récompenses européennes, parmi lesquelles l'"Hitchcock d'or" et le prix de la meilleure photographie du Festival du film britannique de Dinard 2007.
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Depuis qu'il a perdu, deux ans plus tôt, sa mère Anne Sarah officiellement suicidée par noyade, Hallam Foe se réfugie le plus souvent dans la cabane construite pour lui par Julius, son père architecte, dans un arbre de la vieille et vaste propriété familiale. De là, il a pris l'habitude d'observer les gens aux jumelles et d'en noter le résumé dans des carnets conservés dans une malle métallique. Lorsque sa sœur Lucy décide de partir pour l'Australie, Hallam y voit l'influence grandissante de sa jeune belle-mère Verity, soupçonnant même cette dernière d'être à l'origine, voire l'auteur de la mort de sa mère. Grâce à une ruse perfide, Verity obtient le départ de l'orphelin tourmenté. Lors de ses errances à Edimbourg, Hallam croise une jeune femme qu'il croit d'abord être sa mère. Responsable du service du personnel d'un grand hôtel de la ville, Kate Breck, dont la forte ressemblance avec la défunte s'avère en effet troublante, accepte de prendre Hallam à l'essai pour un emploi de cuisine. Ayant repéré le logement de Kate, Hallam s'y introduit avant d'être obligé, par l'arrivée de celle-ci, de se réfugier sur le toit du bâtiment d'où il ne peut résister à la tentation de l'observer à travers les fenêtres de l'appartement.
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Drame psychologique de la post-adolescence additionné d'une persistante intrigue possiblement criminelle, Hallam Foe, sorte d'hybridation moderne de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn, apparaît néanmoins avant tout comme le récit plutôt intelligent, pudique et dans le même temps provocateur d'une mutation. Celle menant du stade de l'enfance, fragilisé par la perte de l'être le plus cher et d'un simple spectateur de la vie d'autrui, à celui d'un adulte, débarrassé des résidus de sa chrysalide, enfin apte à mener sa propre existence (le sourire final du personnage central ne laisse aucune ambiguïté sur le sujet). Pour raconter cette délicate histoire, David Mackenzie a su utiliser une jolie palette contrastée de sentiments, et, avec l'aide de son talentueux chef-op. Giles Nuttgens (direct. de la photographie, entre autres, sur la remarquable trilogie élémentaire indo-canadienne de Deepa Mehta), de lumières et de couleurs. On pense assez spontanément, malgré leurs différences formelles, au Igby Goes Down, le réussi premier film de l'Etasunien Burr Steers. Et l'on loue la qualité des interprétations, en particulier celles de Sophia Myles et, bien sûr, de l'omniprésent Jamie Bell, auteur d'un très étonnant et convaincant parcours d'acteur depuis son apparition dans le rôle-titre de Billy Elliot. Hallam Foe est, sans hésitation, une œuvre chaleureusement recommandable.

jeudi 15 janvier 2009

Nip/Tuck


"Make me beautiful... A perfect lie."

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Alors qu'il n'a jamais vraiment trouvé de promoteur en France, le medical drama a fait, depuis le début des années 1950 et surtout à partir de la décennie suivante, les beaux jours de la télévision anglo-saxonne. Imaginée et produite, dans un créneau où rivalisaient déjà Scrubs (ABC-NBC) et House, M.D. (Fox) notamment, par Ryan Murphy (principal scénariste de Popular et depuis auteur du long métrage Running with Scissors), la série Nip/Tuck* innovait en mettant en scène une spécialité vieille comme le monde mais dont la composante "esthétique" ne s'est popularisée qu'assez récemment. Diffusée sur le réseau câblé et satellitaire FX Network, elle a connu dès son lancement le 22 juillet 2003 un succès qui ne s'est pas démenti, attirant régulièrement près de quatre millions de téléspectateurs et connaissant même un surcroît d'intérêt au cours de la troisième saison (sept.-déc. 2005).
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"Tell me what you don't like about yourself." Quadragénaires plutôt bien conservés, Sean McNamara et Christian Troy sont deux amis et associés au sein d'une clinique de Miami. Le premier, initialement marié à sa collègue Julia et père de deux enfants, Matt et Annie qu'il va délaisser au profit de son travail, est régulièrement victime d'hallucinations. Ce qui ne manque pas d'avoir des répercutions, tant sur sa vie privée que professionnelle. Le second, égocentrique, superficiel et narcissique, est un célibataire doublé d'un séducteur endurci. Il ne parvient pourtant pas à oublier sa courte liaison avec Julia avant qu'elle n'épouse son ami. Les divergences du duo sont souvent arbitrées grâce à la présence de Liz, la pétulante anesthésiste lesbienne de la clinique McNamara/Troy. L'existence troublée de Sean, celle un peu vide de Christian seront tour à tour malmenées par des personnages aussi différents que la psychologue Grace Santiago (saison 1), Gina qui donnera à Christian un fils, Wilber, dont il n'est pas le père, The Carver (le Découpeur, saison 2 & 3), Nikki Moretti (saison 3) ou encore une réinstallation à Los Angeles (saison 5).
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Les brèves mais saisissantes interventions de chirurgie esthétique qui émaillent les épisodes (intitulés selon le nom des patients et accompagnées de musiques toujours bien choisies) ou les péripéties comico-dramatico-sentimentales ne constituent pas, on le voit bien, l'essentiel d'une série qu'elles influencent néanmoins. Nip/Tuck, dont le casting est régulièrement agrémenté de quelques visages connus, repose en effet depuis son origine sur la manipulation, la dissimulation, le mensonge... et la réparation. Ce qui caractérise tout particulièrement cette série, ce sont les thèmes abordés**, aux fortes connotations de criminalité, d'illégalité ou de controverse et/ou sujets tabous dans un pays resté profondément puritain, mais aussi la crudité et la tonalité avec laquelle ils sont traités. Malgré (ou peut-être grâce à) cela, Nip/Tuck est régulièrement nommé aux Emmy Awards (recevant un prix technique pour ses maquillages en 2004) et deux ans de suite dans plusieurs catégories des "Golden Globes", décrochant en 2005 la principale statuette à la barbe et au nez des réputés 24, Deadwood, Lost et The Sopranos. Le succès étant souvent copié, la série a fait l'objet, un an après sa première diffusion, d'un très éphémère remake germanique intitulé Beauty Queen.
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*littéralement "inciser/replier, rentrer, retendre", gestes de base de la rhytidectomie, autrement appelé lifting.
**(homo)sexualité, pédophilie, inceste, viol, nécro et zoophilie, racisme...

mercredi 14 janvier 2009

El Rey de la montaña (les proies)


"Ca t'a éclaboussé."

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Depuis l'adaptation à l'écran par la RKO de la courte et saisissante histoire de Richard Connell, The Most Dangerous Game, le cinéma n'hésite par périodiquement à ouvrir la chasse à l'homme. Ce classique (et rentable) thriller horrifique réalisé à quatre mains par Irving Pichel et Ernest Schoedsack a influencé plusieurs générations de scénaristes, à l'origine de purs remakes(1) mais aussi de productions qui tentent ou parviennent à s'en démarquer(2). Parmi lesquels figure Javier Gullón, ciblant plus volontiers jusque-là un genre bien différent, celui de la comédie. Troisième long métrage du Madrilène Gonzalo Lopez-Gallego, El Rey de la montaña a été présenté en première au Toronto Film Festival avant de faire partie de la sélection de Sitges (Catalogne) et d'être projeté dans le cadre de la 15e édition du Festival du film fantastique de Gérardmer.
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Traversant en voiture une région particulièrement isolée, Quim s'arrête dans une station-service pour y faire le plein de son véhicule et pour téléphoner à Sofia, sa petite-amie qui vient de le quitter. Pendant son appel infructueux, il aperçoit dans la boutique une jeune femme entrain de dérober une barre chocolatée. Il la retrouve dans les toilettes, où, après lui avoir demandé de ne pas trahir son secret, elle s'offre très spontanément à lui. Quim remarque bientôt que son portefeuille lui a été volé, ses soupçons se portant naturellement sur celle qui, après cette brève et soudaine étreinte, vient de quitter précipitamment les lieux. Lorsque l'infortuné voit, ayant repris sa route, l'automobile de la jeune femme s'engager sur une voie secondaire, il décide, non sans avoir hésité, de la suivre. Sa voiture, prise peu après pour cible par un inconnu armé d'un fusil à lunette et posté au sommet d'une colline, tombe en panne. L'agresseur apparaît et, apparemment sans raison, le blesse sérieusement à la jambe droite, l'obligeant à essayer de fuir dans son véhicule agonisant.
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La concision et le minimalisme (sans connotation péjorative) permettent souvent d'atteindre plus aisément l'objectif fixé par les cinéastes. El Rey de la montaña en est un bon exemple. Après une phase d'exposition tout à la fois courte et surprenante, le scénario entreprend de faire entrer ses personnages dans une confrontation qui n'a rien de manichéenne. Ni thriller psychologique ou véritable film d'horreur, ce premier film auquel Gonzalo Lopez-Gallego n'a apporté que quelques modifications narratives s'apparente davantage à un drame reposant sur un enchaînement et une logique absurdes (au sens camusien du terme). Le jeune réalisateur entreprend, a posteriori et de façon un peu systématique, de réfuter l'inévitable évocation du Deliverance de Boorman. Les deux films, malgré les trente-cinq ans qui les séparent, sont en effet, d'un point de vue très général, assez comparables. Mais ils se montrent aussi fortement dissemblables. D'abord sur le basculement, au cours du dernier tiers du métrage, de point de vue associé à un traitement visuel qui emprunte beaucoup au jeu vidéo. Mais aussi et surtout, contrairement au travail opéré par le cinéaste britannique sur Lewis, Ed, Bobby et Drew, à la faible étoffe psychologique de personnages qui restent, pour l'essentiel, de radicaux étrangers entre eux et vis-à-vis du spectateur. Doté d'une réelle vivacité (les compétences de monteur de Lopez-Gallego ne passent pas inaperçues), El Rey de la montaña(3) n'évite pourtant pas quelques passages à vide ou errements(4) dans sa trajectoire, au détriment de la tension dramatique.
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3. de l'espagnol au français, le titre passe de l'agresseur aux victimes, quitte à reprendre celui d'un célèbre film de Don Siegel.
4. y compris dans la vraisemblance de certains passages et erreurs de script.