lundi 3 juillet 2006

Feet First (à la hauteur)


"Si seulement je pouvais me hisser à son niveau."

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En 1923, Why Worry? marque la fin de la collaboration entre Harold Lloyd et Hal Roach, l'acteur devenant, dès Girl Shy, le producteur de ses films. Deuxième film parlant de Lloyd après Welcome Danger, Feet First essaie de capitaliser sur le succès de Safety Last! en utilisant des ressort narratifs comparables et, surtout, en jouant la surenchère avec un final, à bien des égards, encore plus impressionnant. Pour l'écriture du scénario et la réalisation, Harold Lloyd fait appel, depuis le film précédent, à Clyde Bruckman qui a longtemps travaillé avec Buster Keaton. Enfin, c'est à la Canadienne Barbara Kent, plus connue pour ses participations à des mélodrames, qu'incombe pour la seconde fois le remplacement de Mildred Davis, moins présente sur les tournages après 1923.
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Harold Horne est commis, un peu gaffeur, dans une boutique de chaussures d'Honolulu. Son ambition de devenir vendeur est rabrouée par son directeur qui ne lui trouve pas assez de personnalité. Un soir, parti plus tôt pour livrer une cliente, il vient en aide à une charmante jeune femme dont le chauffeur a heurté une camionnette avec sa superbe limousine. Persuadé qu'il s'agit de la fille d'un riche homme d'affaires, il essaie, pour la séduire, de gravir les échelons professionnels. Il devient vendeur grâce aux encouragements de son ami Mr. Carson et au programme pédagogique de la "Personality Plus Corp.". A l'"Embassy Club"Harold se rend à la place de Carson, il retrouve Barbara, la jeune femme qu'il convoite, laquelle lui présente John Quincy Tanner, le patron de la chaîne de magasins dont il est l'employé. S'étant fait passé pour un professionnel du cuir et présenté flatteusement par Barbara, qui est en réalité la secrétaire du riche commerçant, Harold est aussitôt apprécié par son interlocuteur, sur le point de rentrer sur le continent en bateau. Le même bateau dans lequel Harold vient livrer des articles, quelques instants avant l'appareillage. Il y retrouve, bien entendu, Barbara et Tanner et, ne réussissant pas à les quitter, entame avec eux une mouvementée traversée clandestine à bord du navire.
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Le comique d'Harold Lloyd a mieux vécu la révolution du parlant que celui de Mack Sennett ou de Buster Keaton. Alors que Chaplin fait de la résistance en produisant City Lights, l'acteur à lunettes en apporte la preuve avec ce Feet First, bien servi sur le plan des gags comme sur celui des dialogues. Le scénario reprend, presque à l'identique, la trame de Safety Last! fondée sur l'ascension sociale et la vertu de persévérance du héros ainsi que sur le quiproquo. L'unité narrative est cependant plus forte. L'étonnante et acrobatique dernière partie relève pourtant toujours autant du "deus ex machina" légèrement déparée par quelques propos racistes qui ont régulièrement valu au film d'être coupé.

An Eastern Westerner (pour le cœur de jenny)


Parce qu'il en a assez de la vie dissolue de son fils, rentré encore une fois à deux heures du matin d'une soirée dansante, le père d'Harold décide de l'envoyer chez son oncle qui possède un ranch dans l'Ouest. Le jeune homme arrive en train à Piute Pass, une petite ville sous la coupe de 'Tiger Lips' Tompkins, un individu brutal possédant la moitié du comté et terrorisant l'autre. Celui-ci embauche, parce qu'elle lui plaît, une jeune femme qui vient elle aussi d'arriver en ville avec son vieux père malade. Mais la nouvelle recrue repousse ses avances. Pour la forcer à changer d'avis, 'Tiger Lips' séquestre son père. Harold, sensible au charme de la demoiselle, vient alors à son secours, l'obligeant à affronter le gang des "Anges masqués" dont 'Tiger Lips' est le chef.
Dix-sept ans avant Laurel & Hardy, Harold Lloyd propose, avec An Eastern Westerner, une parodie de western. Ou, plus exactement si l'on se réfère au titre, la plongée brutale d'un personnage astucieux et très urbain, que l'on a vu en situation au début du film, dans un univers sauvage dont il ne maîtrise ni les règles, ni les comportements. A ce titre, la séquence dans laquelle Harold tente d'impressionner la jeune femme en prétendant posséder les techniques du parfait cow-boy est particulièrement éloquente. 

The Freshman (vive le sport !)


"Cesse de faire semblant, Harold, sois toi-même !"

Harold Lamb ne rêve qu'à une seule chose, entrer à la Tate University, surtout depuis qu'il a vu, six fois dans la même journée, "The College Hero" au cinéma. Son rêve serait complet s'il parvenait à succéder à Chet Trask au titre d'étudiant le plus populaire de l'année. Dans le train qui l'emmène à l'université, il rencontre fugitivement une jeune femme, Peggy, dans le wagon restaurant. Celle-ci, en plus de l'aide qu'elle apporte à sa mère pour l'entretien de logements loués à la semaine, a trouvé un petit emploi au vestiaire d'un hôtel de Tate. Dès son arrivée, Harold est l'objet du classique bizutage des anciens, utilisant naïvement la voiture du doyen et obligé, avant l'arrivée de celui-ci, de faire un discours de bienvenu à ses camarades. Ravi de son prétendu succès, il offre une glace aux quatre étudiants qui l'ont encouragé, lesquels rameutent en chemin tous ceux qu'ils croisent, valant à Harold 'Speedy' le sobriquet supplémentaire de "dépensier". Ces frais de campagne contraignent le jeune homme à prendre une chambre en ville où il retrouve Peggy. Pour mettre toutes ses chances de son côtés, Harold essaie d'intégrer l'équipe de football. Mais le coach, après l'avoir utilisé comme mannequin vivant pour un long entraînement au placage, lui fait croire qu'il l'accepte au sein de l'équipe en tant que remplaçant.
L'un des plus grands succès d'Harold Lloyd au cours des années 1920, The Freshman inaugure un genre typiquement américain, le film de campus, auquel appartiennent et figurent en bonne place Brown of Harvard de Jack Conway(1926) et College de Buster Keaton(1927). La production de Lloyd est tout juste précédée par le modeste The Freshie de William Hughes Curran avec Guinn 'Big Boy' Williams. Outre la partie de football qui clôt le métrage et sera abondamment citée et parodiée, le film comporte ces trouvailles scénaristiques qui font le charme du cinéma d'Harold Lloyd, au nombre desquelles la scène des mots croisés dans le train et la soirée dansante organisée par le candidat effréné à la popularité occupent une place primordiale. Le héros malgré lui de cette comédie aux brefs accents dramatiques fait le rude apprentissage de la duplicité et du décalage profond existant entre la vie rêvée, celle mise en scène au cinéma notamment, et la réalité sociale, entre ce que l'on voudrait être et ce que l'on est vraiment. Un heureux concours de circonstances et une indéfectible volonté maintiendront cependant jusqu'à la fin le doute entre valeurs authentiques et présumées. 

Ask Father (demandez à papa)




Harold est l'un des trois prétendants de la fille de Benj. C. Buck, un capitaliste très absorbé par ses affaires. Le jeune homme décide de prendre son courage à deux mains afin de demander à celui-ci l'autorisation d'épouser celle qu'il aime. Mais parvenir jusqu'à son futur beau-père, véritable parcours du combattant, n'est pas sans risques. Heureusement, la standardiste se range de son côté... coussin à l'appui.
Un pitch simplissime prolongé par un développement fondé sur un comique de répétition... horizontal (transversal !). Bebe Daniels, qui tient le rôle de la standardiste, partenaire féminine habituelle de Lloyd avant Mildred Davis, tiendra un des rôles principaux dans Counsellor at Law, l'un des meilleurs films de William Wyler

Never Weaken (un voyage au paradis)


Harold, employé chez le broker Mark Edler, est amoureux de l'assistante médicale de l'ostéopathe Frank Gray dont le cabinet est mitoyen à son bureau. Celui-ci, faute de client, est contraint de se séparer de sa collaboratrice. Harold, qui vient de rencontrer sur le même palier l'acrobate et gymnaste E.J. Reese, a alors l'idée d'utiliser le talent de sa nouvelle connaissance pour "recruter" de nouveaux patients pour le docteur. La chasse est plutôt bonne mais lorsqu'il retourne au cabinet de ce dernier, il trouve celle qu'il aime dans les bras d'un autre homme. L'amant éconduit décide d'en finir avec la vie. Mais le sort, à commencer par l'orthographe, en a décidé autrement.
Troisième des cinq films d'Harold Lloyd sortis en 1921, dont deux produits par Hal Roach, Never Weaken, avec son dernier tiers vertigineux proche d'une séquence de Look Out Below, annonce évidemment Safety Last!. Il débute pourtant comme un court métrage burlesque classique, à la manière de Mack Sennett, avec accumulation de gags et une certaine distanciation vis à vis des personnages. Mais le désir de prendre de la hauteur, y compris sur le plan créatif, ne tarde pas à se manifester, donnant au film un cachet des plus savoureux. 

Billy Blazes, Esq. (la vie de billy)



Dans la petite ville minière de Peaceful Vale, l'escroc 'Crooked' Charley fait régner la terreur, profitant du caractère craintif du shérif du comté de Rattlefire, 'Gun Shy' Gallagher. Prétextant ne pas avoir reçu de loyers depuis onze ans de la part d'Old Pierre, le patron de la "Fice-Ace Tavern", il expulse ce dernier de l'état et garde sa fille Nell prisonnière. Billy Blazes apercevant le vieil homme sur la route escorté par deux complices de Charley, s'informe auprès de lui de la situation et viens à son secours puis à celui de Nell.
Un an avant An Eastern Westerner, avec un script et des décors assez proches, le même interprète, Noah Young, dans le rôle du méchant, le duo Roach-Lloyd produisent ce pur divertissement, classique parodie de western un peu absurde mais sans notable ambition artistique. Michael Moore fait référence au film dans son Bowling for Columbine