"Comment peut-on haïr autant ?"

Depuis au moins une dizaine d'années, le cinéma latino-espagnol s'impose, au côté de son équivalent asiatique comme l'un des plus actifs et inventifs dans les domaines du fantastique et de l'horreur. Dans le sillage du Mexicain Guillermo del Toro
, du Basque Alex de la Iglesia
, ou des Catalans Jaume Balagueró
et Juan Antonio Bayona
, Paco Cabezas
vouait à ces genres son premier long métrage. Tourné en Argentine au cours de l'été 2006, sélectionné hors compétition au 15e Fantastic'Arts de Gérardmer (année du sacre d'El Orfanato
et de REC
), Aparecidos
est un film à la fois étrange et complexe, assurément intéressant.









Buenos Aires 12 août 2001. Pablo et sa sœur aînée Malena de Luca sont venus spécialement de Barcelone pour décider l'interruption de l'assistance respiratoire de leur père Gabriel, cliniquement mort selon son médecin et ancien collègue le dr Lehrmann, et régler la question du testament. La jeune femme n'a aucune sympathie pour l'homme que sa mère a mystérieusement quitté alors qu'elle était encore une enfant ; son jeune frère ne l'a lui jamais vraiment connu. Dans la table de chevet du mourant, Pablo trouve une montre et une vieille photo sur laquelle posent le couple et leur fille devant la modeste maison qu'ils habitaient sur l'archipel de la Terre de feu.

Il réussit à convaincre Malena de s'y rendre avec le vieux break laissé par leur père dans le parking de l'hôpital. Lors d'une halte sur la route, Pablo aperçoit une jeune fille occupée à tenter de dégager quelque chose du passage de roue arrière gauche du véhicule. En l'aidant, il découvre un carnet très endommagé contenant des photos instantanées. Mais l'inconnue a disparu. Le document relate dans le détail le meurtre d'un couple et de leur fille commis le 23 juillet 1980 dans la chambre 206 de l'hôtel "Atlantide", établissement où Pablo intrigué décide de s'arrêter. A l'heure exacte du crime, celui-ci semble se reproduire à l'identique... plus de vingt ans plus tard.

Road movie, peuplé de fantômes et encombré de secrets (de famille), délibérément produit en Argentine pour sa rusticité (et la beauté de certains de ses paysages), Aparecidos
ne peut laisser indifférent. L'enthousiasme du cinéaste, les enjeux politiques transversaux du scénario et le talent spontané de ses deux interprètes principaux, en particulier celui de Ruth Díaz
, compensent assez largement les quelques maladresses ou incohérences factuelles et le caractère un peu touffu de la narration. La jeune actrice offrant une prestation très différente de celle dans El Calentito
, la comédie musicale de Chus Gutiérrez qui l'a révélée. L'intention (implicite ?) de Paco Cabezas
étant visiblement moins d'effrayer trivialement le spectateur que de susciter et d'agiter en lui, certes parfois au forceps et dans un certain désordre, diverses émotions. Objectif atteint !




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