"Awfull mess!"
Ne cherchez pas ! Il n'y a (presque) pas de colonel Blimp dans ce cinquième film (le deuxième co-réalisé) du duo Michael Powell-Emeric Pressburger. Bien qu'il ait pu influencer quelques situations du scénario, le personnage de bande dessinée(1) créé au cours des années 1930 par David Low(2)
ne constitue en effet pas le motif principal de cette délectable
comédie dramatique. En revanche, vous trouverez infiniment
d'intelligence et de talent au service d'un projet ambitieux ayant
remarquablement traversé les décennies. Lorsque débute la production en
juin 1942, le rapport de force entre les belligérants de la Seconde
Guerre mondiale est sur le point de s'inverser. L'offensive de
l'Allemagne sur le front de l'Est réduit les risques d'une invasion de
l'Angleterre, ce qui explique sans doute en partie sa tonalité
volontiers enjouée, optimiste. Figurant parmi les dix meilleurs films de
l'année sélectionnés par le National Board of Review en décembre 1945, The Life and Death of Colonel Blimp apparaît à la 45e place du classement national établi en 1999 par le British Film Institute.
Un exercice de défense intérieure à Londres est programmé pour minuit. Le lieutenant 'Spud' Wilson
annonce à ses trois chefs de groupe qu'ils vont avancer l'attaque à
18h. Sur la route, les trois camions militaires font un bref arrêt au
café "The Bull" ; 'Spud' assommé y est bientôt secouru par ses soldats. La responsable, surnommée 'Mata Hari', est prise en chasse jusqu'à la capitale où le jeune officier sait qu'elle doit rejoindre 'The Wizard'. Celui-ci, le major-général Wynne-Candy,
est peu après capturé, malgré de véhémentes protestations, dans un bain
turc. Parce que le lieutenant ridiculise avec insolence son âge, son
abdomen et sa moustache, Candy le rejoint dans le bassin où il l'a précipité. Quarante ans plus tôt, dans le même lieu, Clive 'Sugar' Candy retrouvait son ami David 'Hoppy' Hopwell avec lequel il a combattu sept mois à Jordaan Siding (Afrique du Sud).
Ce
dernier lui remettait un pli écrit par la sœur de la gouvernante de sa
nièce installée à Berlin. La jeune femme s'y plaignait des mensonges
répandus par un certain Kaunitz sur de prétendues atrocités
commises contre les Boers par l'armée britannique destinés à opposer
l'Allemagne et l'Angleterre. Souhaitant, en conclusion, que Candy, récemment interviewé sur le sujet pour un article du "Times", puisse rétablir la vérité. Ne faisant aucun cas du conseil donné par le colonel T.H. Betteridge de profiter paisiblement de sa permission, Candy décidait de partir pour Berlin. Il y rencontrait l'auteur de la lettre, Edith Hunter, laquelle acceptait de l'emmener dans le café fréquenté par Kaunitz. Malgré un imprévu diplomatique qui l'empêchait a priori de déclencher un scandale et grâce à un habile stratagème, Candy poussait Kaunitz à une provocation publique. L'officier anglais devait alors affronter en duel au sabre son homologue germanique Theo Kretschmar-Schuldorff.
Selon ses deux auteurs, l'idée de The Life and Death of Colonel Blimp aurait été suggérée par le monteur David Lean à partir d'une scène coupée de One of Our Aircraft Is Missing. L'élément fondateur du scénario n'est-il pas cette confrontation à la fois de générations et physique entre le vieux général Candy et l'irrespectueux jeune lieutenant Wilson
? Une opposition qui ne se résume d'ailleurs pas à une simple,
classique dialectique action-réaction... tout en masquant certaines
ressemblances. Le film avait, avant même sa sortie, été critiqué entre
autres pour dénigrer le patriotisme (accusation infondée) et la
trop grande complaisance avec laquelle l'officier allemand y était
portraituré. Ignorance caractérisée de l'autre, de l'"étranger" qu'il
dénonce justement. La démonstration de la désuétude d'un esprit guerrier
chevaleresque constitue l'autre argument essentiel, et il est assez
finement développé au cours des trois époques narrées presque
intégralement en flashback. La mise en scène, dès l'insolite ballet
motocycliste, est comme toujours magistrale. La rigueur et l'inventivité
de Michael Powell, d'Emeric Pressburger
et de leurs collaborateurs doivent à nouveau être soulignées, en
particulier le visible génie de la composition de l'image et de
l'élaboration des plans. La distribution sans faille achève de nous
enthousiasmer, emmenée par les excellents Roger Livesey(3), dans l'un de ses meilleurs rôle, Deborah Kerr(4) encore au début de sa brillante carrière et Anton Walbrook, élève viennois de Max Reinhardt.
___
1. pompeux, irascible, chauvin et stéréotypée, figure satirique des
opinions réactionnaires de l'establishment britannique des années
1930-40 incarnées, selon certains avis, par Winston Churchill.
2. remercié dans le générique d'ouverture.
3. choisi pour pallier l'incorporation "préventive" dans la Royal Navy de Laurence Olivier... par un premier ministre déjà cité !
4. remplaçante de Wendy Hiller indisponible et ici vecteur de l'habituel ingrédient surnaturel des œuvres de Powell-Pressburger.
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