jeudi 16 février 2012

Predator


Si ce film, à la réputation boursoufflée mais au succès commercial réel, n'avait pas été réalisé (entre le modeste Nomads et le remarquable Die Hard) par , je ne m'y serais certainement jamais intéressé. Ce qui, en soi, n'aurait pas été une grande perte ! Arnold Schwarzenegger constitue, dans cette perspective, à coup presque sûr un puissant contre-argument. Le premier scénario des  est en effet extrêmement mécanique mais aussi d'une profonde pauvreté (pour ne pas dire "bêtise") narrative. Ce handicap ne l'a pourtant pas empêché de susciter deux sequels et autant de spin-off aux réussites plus contrastées. Il doit y avoir un public pour ce type de productions plus proches de l'adaptation du jeu vidéo Doom que de la quadrilogie (tétralogie) Alien.

mercredi 15 février 2012

La Grande illusion


"Pour un homme du peuple, c'est terrible de mourir à la guerre. Pour vous... et moi, c'est une bonne solution."

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L'unanimité contemporaine ne sied pas aux véritables chefs-d'œuvre. La Grande illusion, qui en est assurément un, n'y eu fort heureusement pas droit. Interdit en Belgique par le ministre des affaires étrangères(1) Paul-Henri Spaak (le propre frère aîné du scénariste !), condamné par le Britannique Winston Churchill, il suscita en revanche la préconisation sans réserve(2) du président étasunien Roosevelt au terme d'une projection privée à la Maison Blanche le 11 novembre 1937. Lorsque débute le tournage du film en février de cette année, la bataille d'El Jarama (le "Verdun castillan") oppose avec férocité les républicains espagnols aux troupes nationalistes. Prélude au chaos dans lequel va sombrer l'Europe et vivace démonstration de la pertinence du titre choisi par Jean Renoir. Presque jamais prophète en son pays, le cinéaste futur exilé et son seizième long métrage ont surtout obtenu la reconnaissance de l'étranger, d'abord dans la pourtant mussolinienne Italie(3) puis de la part du National Board of Review et des 11e Academy Awards(4).
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Le Caudron du lieutenant Maréchal et du capitaine de Boëldieu est abattu, pendant une simple mission de reconnaissance, par le capitaine von Rauffenstein. Après avoir été invités à la table du déjeuner de celui-ci, les deux officiers sont emmenés vers le camps d'Hallbach où des soldats français et britanniques sont déjà retenus prisonniers. Ils y partagent la chambre du lieutenant Rosenthal, du volubile sergent Cartier, comédien dans la vie civile, d'un enseignant et d'un ingénieur du cadastre. Issu d'une très aisée famille de banquiers, Rosenthal réjouit ses camarades de réclusion en améliorant, grâce à ses périodiques colis, l'ordinaire de manière significative. Associé dans un projet d'évasion par creusement depuis deux mois d'un tunnel, le groupe est sur le point d'aboutir lorsqu'il est soudainement envoyé vers un autre camp. Après plusieurs transferts et tentatives de fuite, de Boëldieu et Maréchal retrouvent Rosenthal dans la prison-forteresse de Wintersborn commandée par von Rauffenstein.
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Réalisé entre le polar romantique Les Bas-fonds ("Prix Louis-Delluc" 1936) et le drame historique La Marseillaise, La Grande illusion reste indubitablement l'un des plus inoubliables récits en temps de guerre de l'histoire du cinéma(5). Un film qui ne peut évidemment pas être réduit à sa vertueuse ambition pacifiste. La bien plus large dimension profondément humaniste ne caractérise-t-elle l'ensemble de l'œuvre de Jean Renoir ? A travers la variété des sentiments développés dans le scénario, la sincérité et l'honnêteté qui les animent, Renoir atteint un point de convergence rare, donc remarquable, celui du réalisme épique. A la bienveillante (idéaliste et moribonde) complicité aristocratique répond, sans frontal antagonisme de classes(6) mais avec une inusitée justesse de ton, une inaltérable (utopique ?) solidarité roturière. Des qualités narratives incarnées avec brio par une formidable distribution emmenée par Pierre Fresnay(7) et Jean Gabin soutenus sans faille par Marcel Dalio, Erich von Stroheim(7) ou encore Julien Carette et Dita Parlo (L'Atalante) notamment. La Grande illusion : pas seulement un classique, un incontournable !
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1. pourtant membre de l'anti-militariste parti ouvrier dirigé Emile Vandervelde.
2. "Tous les démocrates du monde devraient voir ce film".
3. où le film était en compétition pour la vénitienne 4e "Coppa Mussolini", récompensé d'un moins "contrariant" prix de la "meilleure contribution artistique".
4. nommé, fait rarissime pour une production étrangère, dans la catégorie "meilleur film".
5. avec notamment le All Quiet on the Western Front de Lewis Milestone tiré du roman d'Erich Maria Remarque et le plus tardif Paths of Glory de Stanley Kubrick.
6. sauf, peut-être, comportemental (illustré, entre autres, par les bâillements successifs du capitaine et du lieutenant au début du métrage).
7. Renoir avait initialement souhaité voir son frère aîné Pierre interpréter von Rauffenstein et Louis Jouvet dans le rôle de Boëldieu. Mais les deux acteurs, accaparés par leurs activités théâtrales, déclinèrent l'offre.

The Help (la couleur des sentiments)


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L'une des meilleures productions vues au cours de l'année écoulée... et sans doute au-delà ! Surtout parce que The Help est un splendide et intelligent film* dédié aux femmes (et, plus généralement, à l'émancipation) ; il faut d'ailleurs souligner, outre les qualités du scénario adapté, celles des excellentes interprètes : Viola Davis, Octavia Spencer, Emma Stone, Bryce Dallas Howard, Jessica Chastain sans oublier Allison Janney et Sissy Spacek.



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*plus intéressant et séduisant, trente ans après, que The Color Purple de Spielberg.

dimanche 12 février 2012

Waterloo Bridge (la valse dans l'ombre)


"Well, I'm getting the breaks now, I'm not going to think."

Coïncidence, Waterloo Bridge était le film préféré de ses deux acteurs principaux. Tous juste "oscarisée" pour la première fois (et sur le point de convoler en secondes noces avec Laurence Olivier) Vivien Leigh y retrouvait Robert Taylor, vedette deux ans plus tôt du drame universitaire A Yank at Oxford. Bien plus conventionnelle, voire convenable que l'adaptation signée par James Whale, cette deuxième version n'en reste pas moins plaisante et intéressante grâce, bien sûr, aux têtes d'affiche, aux maitrisés détours, arabesques pourrait-on dire, d'un récit sentimental(1) significativement remanié par le trio de scénaristes. Mais aussi à l'élégance de la réalisation assurée par Mervyn LeRoy, devenu en 1936 le responsable de production de la Metro-Goldwyn-Mayer suite au décès d'Irving Thalberg.
Londres, le 3 septembre 1939. Le colonel Cronin est conduit à la gare pour y rejoindre son régiment. En avance, il demande à son chauffeur de le déposer sur Waterloo Bridge et de l'attendre sur l'autre rive de la Tamise. L'air songeur, il sort de sa poche et regarde intensément une petite statuette porte-bonheur qui lui rappelle des événements s'étant déroulés plus de vingt ans auparavant. Alors jeune capitaine, il avait rencontré au même endroit une jeune femme, au sein d'un groupe, qu'il avait aidé à ramasser le contenu de son sac et accompagné jusqu'à la station de métro où la foule des alentours s'étaient réfugiée en raison d'un raid aérien. Invité à dîner par son colonel, Roy Cronin avait regretté de ne pouvoir assister au spectacle donné le soir même par la troupe de cette élève du cours de ballet de Mme Olga Kirowa. Avant de le quitter, Myra Lester avait voulu offrir à l'officier, sur le point de partir au front, le talisman sensé lui porter chance. Renonçant finalement à l'invitation, Cronin était venu assister, à la grande surprise de Myra, au final de la prestation du "Lac des cygnes". Le billet envoyé en loges pour la revoir n'avait pas échappé à la scrupuleuse attention de Mme Kirowa, obligeant sa lecture à haute voix par sa destinataire devant ses camarades et lui imposant d'y répondre par la négative. Kitty avait réussi à rattraper Cronin avant qu'il ne s'en aille afin qu'il puisse fixer un rendez-vous à son amie de Myra. Au terme d'un plaisant dîner-dansant, dans l'obscurité créée par l'extinction de la dernière bougie coïncidant avec les derniers accords du "Chant des adieux"(2), le couple s'était tendrement embrassé. Le lendemain en fin de matinée, alors qu'elle le croyait déjà sur le bateau l'emportant vers la France, Myra aperçoit son amoureux trempé par l'averse dans le jardin de sa résidence.
"Defeatist!" Histoire de femme racontée en flash-back à travers le souvenir d'un homme, le Waterloo Bridge de Mervyn LeRoy semble ne pas éviter les paradoxes. La cohérence ne fait, en réalité, pas défaut à cette narration croisée. Le scénario joue au contraire très astucieusement des revirements de situation et, surtout, des sentiments contradictoires qui animent le personnage central. Il se place d'ailleurs d'emblée sous l'influence thématique persistante du hasard (chance/infortune). Moins étrange(3) que la version de James Whale, Waterloo Bridge souligne de façon plus marquée le déchirement "tragique" essentiel entre amour et conscience, attachement et renoncement, acte et fatalité. Dans cette esprit, LeRoy a su admirablement saisir la contrastée dualité psychologique de Vivien Leigh (inoubliable interprète de la combattive Scarlett dans Gone with the Wind sorti en début d'année) qu'il dirigeait pour cette unique occasion face au positif et inébranlable officier tenu par Robert Taylor(4). Parmi les seconds rôles, il faut citer les apparitions de la native russe Maria Ouspenskaya (la grand-mère de Love Affair), du Brittanique C. Aubrey Smith, vu notamment chez Lubitsch et, en colonel Julyan, dans le récent Rebecca d'Hitchcock et de Rita Carlyle, déjà présente en "femme au panier du pont" dans le film de Whale. Malgré ses indubitables qualités, Waterloo Bridge ne fut nommé que dans deux catégories (photographie et bande originale) des 13e Academy Awards.
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1. l'un des premiers dans lesquels est évoqué la contemporaine Seconde Guerre mondiale.
2. "Auld Lang Syne", transcription d'une antique ballade écossaise par le poète Robert Burns à la fin du XVIIIe siècle.
3. au sens d'inexpliqué et de trouble.
4. dans le premier des quatre films qu'il tournera avec le réalisateur.