jeudi 10 février 2011

The Diary of a Chambermaid (le journal d'une femme de chambre)


"... Only weak people sit around under trees wishing for things. It's better to do it yourself."

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Adapter cet ouvrage d'Octave Mirbeau aux Etats-Unis, y compris dans le pays présidé après-guerre par le fils de fermiers Harry S. Truman, relevait assurément d'un goût certain pour la provocation. Nommé aux 18e Academy Awards pour The Southerner (autre drame social tiré lui d'un roman local) peu après la sortie du film, Jean Renoir pouvait-il avoir une autre intention en proposant cette extravagante philippique aux descendants, même repentis, d'esclavagistes et aux champions du capitalisme universel ? Avec cette libre version de The Diary of a Chambermaid, il choisit en effet, à nouveau, d'illustrer le thème du rapport viscéralement conflictuel entre serviteur et maître qu'il avait génialement développé sept ans plus tôt dans La Règle du jeu. Co-produit et interprété par le comédien Burgess Meredith, bientôt soupçonné d'activités anti-américaines, et par son épouse Paulette Goddard, cette étrange satire mérite sans conteste d'être (re)découverte.
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Dans le train qui l'emmène au Mesnil, où elle doit prendre son douzième emploi de femme de chambre en deux ans, Célestine s'interroge sur les raisons de sa chronique instabilité. Elle est accueillie à la gare par Joseph, le déplaisant valet des Lanlaire, qui récuse aussitôt Louise, la craintive postulante à la place de fille de cuisine. L'homme de confiance de sa patronne est néanmoins poussé à revenir sur sa décision lorsque Célestine conditionne son propre engagement à celui de sa toute nouvelle amie. Cette inédite expérience redonne à Célestine, souvent éprouvée, une énergie insoupçonnée et des ambitions : cesser d'être une domestique en épousant un individu fortuné. Dans la cuisine de la vaste demeure, Louise fait la connaissance de Pierre, un villageois timide, puis Célestine prend Charles Lanlaire pour le jardinier. La soudaine irruption de son acariâtre épouse met rapidement un terme à l'aimable équivoque. Le lendemain, sous la conduite de Joseph, la jeune femme découvre, entreposée dans la cave, l'ancienne et précieuse argenterie qu'utilisent les Lanlaine, hostiles à la république, la nuit du 14 juillet. Le charme de Célestine ne laissent pas longtemps indifférents l'impécunieux M. Lanlaine ainsi que son voisin détesté, l'excentrique et argenté capitaine Mauger qui se divertit en brisant les verrières du jardin de celui-là. Un télégramme annonce bientôt le retour du fils Lanlaine, Georges atteint de tuberculose. Pour le retenir, sa mère tente d'instrumentaliser Célestine.
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'"... Filthy souls." Mésestimé, quand il n'est pas tout simplement méconnu dans son pays de production, The Diary of a Chambermaid conserve une grande part du caractère corrosif et libertaire de l'œuvre originale signée en 1900 par l'anarchiste Mirbeau. La charge contre les prétendus honnêtes gens, les profiteurs et la racaille y apparaît presque aussi forte que celle, électrique celle-là, de nature libidinale (la secrète mais très probable liaison entre Joseph et sa "maîtresse" servant de muette et incitative référence). La clef de cette étonnante partie de billard à bandes obligatoires peut d'ailleurs être exprimée sous la forme interrogative : qui sert qui ? Dans le rôle-titre, entourée de personnages à leur manière tous cruels et insensés, solidement tenus par Burgess Meredith, Judith Anderson et Francis Lederer, Paulette Goddard livre une bien belle interprétation, pleine de nuances contrastées (révolte et docilité, allégresse enfantine et profonde douleur). Très différence de celle que composera, près de vingt ans plus tard, Jeanne Moreau sous la direction de Luis Buñuel.

mercredi 9 février 2011

Letters to Juliet (lettres à juliette)


"... I didn't know true love had an expiration date!"

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Vérificatrice au magazine "The New Yorker" Sophie Hall part en voyage prénuptial à Vérone avec Victor, son futur époux absorbé par la prochaine ouverture d'un restaurant italien. Des vacances qui n'ont rien de romantiques puisque ce dernier en profite principalement pour visiter ses fournisseurs. Lassée par cette fausse villégiature, Sophie décide de ne pas la poursuivre au profit d'une visite à la Casa di Giulietta. Le soir venu, elle remarque une jeune femme prélevant les nombreuses lettres adressée à l'héritière des Capulet et laissées sur le mur par ses compatriotes ou des touristes, la suit jusqu'à un appartement situé au-dessus d'une élégante trattoria et se présente à elle et aux trois amies qui l'y attendaient. Secrétaires de Juliette, Isabella, Donatella, Francesca et Maria répondent à chaque message recueilli. A l'occasion d'une autre cueillette, Sophie trouve derrière une pierre descellée une lettre rédigée par une Anglaise, Claire Smith, cinquante ans auparavant. Elle est chargée par ses nouvelles amies d'y répondre. Le petit-fils de celle-ci, Charlie Wyman, vient le lui reprocher peu après, obligé d'accompagner sa parente dans un déplacement qu'il considère comme insensé : trouver son ancien amoureux Lorenzo Bartolini. Claire et Sophie sympathisent dès leur rencontre. Abandonnée avec son consentement par Victor, en déplacement à Livourne où se déroule une vente aux enchères de vin, Sophie obtient de participer à cette aléatoire prospection.
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Présenté en avril dernier au festival de Tribeca, cette nouvelle comédie dramatico-romantique de Gary Winick*, en invoquant le mythique personnage-titre, reprend les thèmes (temps, passion contrarié, destin/hasard...) de la célèbre tragédie shakespearienne. Le scénario de Letters to Juliet, co-signé par Jose Rivera (Diarios de motocicleta) et Tim Sullivan, ne fait pas preuve d'une très grande originalité, versant volontiers dans le classique travers des productions étasuniennes (cf Captain Corelli's Mandolin, Under the Tuscan Sun, A Good Year, Mamma Mia!...) d'une représentation candidement cartophilique de la vieille Europe. Si la photographie du Romain Marco Pontecorvo constitue une patente déclaration d'amour à la Vénétie et à la Toscane, l'intrigue croisée entre les quatre principaux protagonistes manque de chromatisme et de relief. La jeune classe des acteurs, les convenus Amanda Seyfried** et l'Australien Christopher Egan, le Mexicain Gael García Bernal (remplaçant d'Hugh Dancy) offrant ici une prestation mécanique, presque caricaturale, laisse la vedette à leurs aînés, l'épatant (et vrai depuis fin 2006) couple Vanessa Redgrave-Franco Nero, véritable plus-value de cette gentillette historiette.
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*rentable mais la moins fructueuse du réalisateur, 53M$ de recettes US (auxquels s'ajoutent 26M$ à l'étranger) pour un budget de 30M$ comparée à 13 Going on 30 (57M$), Charlotte's Web (83M$) et Bride Wars (58,7M$).
**dont la vocation serait née après avoir vu... Romeo + Juliet à l'âge de dix ans.

The Killer Inside Me


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Surprenante (notamment par sa sporadique brutalité) adaptation du polar psychologique de Jim Thompson (déjà porté à l'écran, dans les '70s, par Burt Kennedy avec Stacy Keach dans le rôle de Lou Ford). Quelque part entre le moins intéressant Mr. Brooks de Bruce A. Evans, China Moon de John Bailey et After Dark, My Sweet de James Foley tiré du même auteur.

"Elle m'aime, oui, elle m'aime : je le vois, je le vois.
Pour un instant, sentir les battements,
Les battements de son cœur.
Mêler bientôt à ses soupirs les miens !
Sentir, sentir ses battements,
Mêler à ses soupirs les miens !
Ciel ! après on peut, on peut mourir !
Je ne demande rien de plus, rien !
Ah, ciel ! après on peut, on peut mourir !
Je ne demande rien de plus, rien !
Après on peut mourir, après on peut mourir d'amour ! (in "Una furtiva lagrima", "L'Elisir d'amore")