mardi 8 février 2011

Road to Morocco (en route pour le maroc)


"There's two sides to everything, you know!"

 - film - 62344_7
Ce troisième volet de la série, entamée à la fin de sa carrière par Victor Schertzinger(1) avec Road to Singapore puis Road to Zanzibar(2), reste sans doute comme le meilleur ainsi que l'une des réalisations les plus réussies de l'ancien acteur David Butler (chez D.W. Griffith et Frank Borzage notamment). La pénultième collaboration de Frank Butler(3) et de Don Hartman (Nothing But the Truth), en compétition aux 15e Academy Awards, fait en effet souvent mouche. Et si les personnages changent, le duo musicomique(4), toujours associé à la beauté exotique (et fatale ?) de l'ex-Miss New Orleans 1931 Dorothy Lamour, se révèle encore plus (d)étonnant et efficace qu'auparavant. Habitué à cette époque aux rôles de méchants pour la Paramount, Anthony Quinn y fait sa seconde apparition dans la franchise aux côtés de Dona Drake, l'inoubliable Mademoiselle Fifi partenaire d'Eddie Cantor dans Strike Me Pink, dont les talents vocaux et chorégraphiques ne sont ici pas exploités.
 - film - 62344_12
Le cargo "Star of Capetown" explose, sans raison apparente ni péril pour l'équipage, au nord de la côte africaine. Un radeau sur lequel ont pris place deux passagers clandestins dérive. L'inquiétude surtout nutritive de Jeff 'Jeffrey' Peters et Orville 'Turkey' Jackson s'apaise lorsque apparaît peu après un rivage qu'ils atteignent à la nage. A dos d'un chameau isolé, ils cheminent à travers le désert jusqu'à une cité marocaine dont le calme est soudainement troublé par le galop et les tirs d'une bande de cavaliers conduite par le cheik du désert Mullay Kasin. Les deux amis d'enfance apprennent par un commerçant que le chef de tribu va demander la princesse Shalmar de Karameesh en mariage. Affamés mais sans argent, ils finissent par dîner dans une taverne, espérant échapper à l'addition, lorsque se présente un inconnu. En aparté, Jeffrey accepte de lui céder 'Turkey' contre deux mille cinq cents kolacs salvateurs. Pendant la nuit, l'esprit de Tante July vient sermonner le traître à l'égard de son neveu, le pressant de le rechercher et de lui venir en aide. Des efforts dont celui-ci se passerait bien puisqu'il a été choisi pour époux par la princesse.
 - film - 62344_17
"You know, this is a very strange country." Admis en 1996 au National Film Registry, Road to Morocco prend souvent de faux airs cartoonesques, ce qui contribue pour partie à son charme. Tout en étant très libre et enlevé, ce premier scénario original de la série ne perd néanmoins jamais une certaine cohérence narrative, émaillée d'astucieux dialogues et de références qui ne le sont pas moins. La compl(icité)émentarité fonctionnelle entre Bing Crosby et Bob Hope rappelle parfois celle, certes unique et frénétique, qui caractérisait les Marx Brothers. La vocation attribuée aux personnages féminins dépasse la seule posture décorative et les chansons s'intègrent plutôt bien dans le cours du récit. Une des très bonnes comédies de son époque, Road to Morocco compte désormais parmi les classiques intemporels du genre.
___
1. nommé aux "Oscars" en 1935 pour One Night of Love, également musicien co-auteur de chansons dont certaines reprises dans Double Indemnity, The Conversation ou encore Hannah and Her Sisters.
3. natif d'Oxford, sans lien de parenté avec le réalisateur et futur co-scénariste de Going My Way.
4. Bing Crosby a souvent fait des apparitions non créditées dans les films de Bob Hope. On peut d'ailleurs également les voir ensemble parmi les spectateurs de The Greatest Show on Earth.

vendredi 4 février 2011

Hold Back the Dawn (par la porte d'or)


"... Is it love or is it immigration?"

 - film - 55649_5
Ancien créateur de costumes et décorateur passé à la réalisation en 1933, Mitchell Leisen devient peu à peu le spécialiste du film romantique au sein de la Paramount. Il dirige notamment Easy Living, Midnight puis Remember the Night mettant respectivement en vedette les confirmées Jean Arthur, Claudette Colbert et Barbara Stanwyck. Juste après avoir participé, avec I Wanted Wings, au lancement de la carrière de Veronica Lake, Leisen est chargé de porter à l'écran le "Memo to a Movie Producer" de Ketti Frings(1). Co-signé par un prestigieux duo composé de l'immigré austro-hongrois Billy Wilder et du local Charles Brackett (collaborateurs d'Ernst Lubitsch sur Bluebeard's Eighth Wife et Ninotchka et déjà à l'œuvre pour Midnight), le scénario ménage de subtiles aller-retour entre comédie et drame. Nommé dans six catégories des 14e Academy Awards(2), Hold Back the Dawn est aussi la seule production réunissant Charles Boyer et Olivia de Havilland.
 - film - 55649_12
Econduit par l'employé d'accueil des studios Paramount, Georges Iscovescu y pénètre en se joignant à un groupe de visiteurs. Il trouve bientôt le plateau sur lequel tourne Dwight Saxon rencontré à Nice quelques temps plus tôt. Le Roumain, recherché par des agents fédéraux, désire céder urgemment contre cinq cents dollars une histoire. Son histoire, celle d'un mondain, ancien danseur vivant grâce à la séduction de femmes aisées, candidat à l'immigration aux Etats-Unis depuis la frontière mexicaine. Mais le faible quota réservé aux ressortissants de son pays d'origine repousse a priori de cinq à huit ans son accession à la citoyenneté convoitée. Comme plusieurs étrangers en situation comparable, Iscovescu s'installe à l'"Hotel Esperanza" où il obtient la chambre d'un Allemand découvert suicidé. Il y retrouve Anita, son ex-partenaire de spectacle, devenue étasunienne grâce à un éphémère mariage. L'aimable galant se met sans délai en quête d'une potentielle épouse, profitant de la présence de nombreux touristes en ce jour de fête de l'Indépendance. Sans succès à la tombée de la nuit, Iscovescu tente sa chance auprès d'Emmy Brown, une institutrice en excursion avec un groupe de turbulents élèves qu'il avait un peu plus tôt rembarrée.
 - film - 55649_15
Produit par Arthur Hornblow Jr.(4) et tourné entre février et mai 1941, Hold Back the Dawn est évidemment influencé par le conflit européen dans lequel les Etats-Unis ne sont pas encore directement engagé. L'opportuniste duplicité dont fait durablement preuve Georges Iscovescu rappelle d'ailleurs étrangement celle entretenue alors par la dictature carliste roumaine. Le film de Mitchell Leisen dispose de nombreux et substantiels atouts. Parmi lesquels la qualité du récit et du script à la construction induite d'emblée assez surprenante. La fluide simplicité de la mise en scène, seulement bousculée lors de quelques séquences automobiles, adroitement éclairée et photographiée par le talentueux Leo Tover. Et l'interprétation du trio d'acteurs de tête, efficacement soutenu par de solides seconds rôles, la gracieuse et délicate Olivia de Havilland bien sûr, Charles Boyer, largement plus convaincant qu'en Pepe le Moko d'Algiers, et Paulette Goddard (l'ancienne jeune muse de Chaplin) dans le premier de ses cinq rôles sous la direction de Leisen.
___
1. dont est issue la séquence en abyme de l'introduction.
2. future dramaturge, récompensée en 1953 par un "Writers Guild Award" pour Come Back, Little Sheba et du "Prix Pulitzer" dramatique en 1958.
3. meilleurs film, scénario, actrice principale, décors et photographie (d'un film en noir et blanc), ainsi que bande originale.
4. passé à la Metro-Goldwyn-Mayer où il sera responsable de Gaslight avec Charles Boyer et de The Asphalt Jungle puis de Witness for the Prosecution.

mardi 1 février 2011

The American


Après la séquence d'ouverture, le film adopte une sorte de faux rythme qu'il n'abandonne plus jusqu'à la fin. Sans être déplaisant (en particulier grâce à la beauté des Abruzzes ou au travail accompli en matière de lumière et de photographie), le second film de Corbijn, l'un des plus sombres de Clooney, ici artisan en armes à feu, depuis Michael Clayton qui lui est bien supérieur, déçoit quand même suffisament pour ne pas motiver un second visionnage.